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07 Juin 2016

Muriel Zürcher : "Soléane je l'ai découverte aussi, au fil de l'écriture du récit"

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Muriel Zürcher : "Soléane je l'ai découverte aussi, au fil de l'écriture du récit"

Muriel Zürcher, auteur de nombreux livres pour enfants et adolescents, revient avec un nouveau titre, Soléane, à paraître le mercredi 8 juin aux éditions Didier Jeunesse. Dans cette dystopie dont l'intrigue a lieu en 2540, on découvre le Coracle, une île artificielle à la dérive, sur laquelle une partie de l'humanité est allée se réfugier. L'ordre établi y est réglementé et strict, en apparence pour le bien des habitants. Mais à l'âge de 16 ans, alors qu'elle est déclarée libre, Soléane va découvrir que tout ce en quoi elle croyait n'était que mensonges et manipulation. Sa vie est alors bouleversée et elle devra être prête à tout pour sauver ses proches... et le reste de l'humanité. Pour en savoir plus sur ce roman palpitant à l'univers très riche, nous avons posé quelques questions à son auteur, Muriel Zürcher.


Naissance de Soléane : "Je tenais mon univers : une île artificielle en train de couler."

 

Comment est né Soléane, quelle a été la première idée ou envie, qui vous a motivée à prendre la plume pour raconter cette histoire ?

Muriel ZürcherUne image en deux temps :  un cocon de larve de papillon posé au creux de la paume d’une jeune fille qui ressent ses vibrations de vie et, quelques jours plus tard, l’éclosion. Je voyais ce cocon comme un monde étriqué où l’on grandit bien à l’abri, mais où l’on risque aussi de mourir si on ne parvient pas à en sortir. Cet élément occupe une place microscopique dans le roman, et pourtant, paradoxalement, il s’agit de la toute première image qui m’est venue lorsque j’ai décidé de me lancer dans un nouveau projet.  

 

L’univers de Soléane est incroyablement riche d’inventions : le Coracle, l’Arche, les archéoles, la bannîle, les voulus et les non-voulus, etc. Comment sont nées toutes ces idées ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

M. Z. : J’ai longtemps tâtonné pour trouver un univers à cette histoire. Je cherchais un lieu isolé, sans lien possible avec les habitants des terres. Je souhaitais que ce lieu soit menacé, au même titre que la vie de ses habitants.  Ça aurait pu être une planète, une forêt particulière inextricable, une oasis dans le désert… mais rien de tout cela ne me satisfaisait. Le déclic s’est opéré à la lecture de la couverture d’un numéro du magazine sciences et vie junior qui portait sur le thème "océans, comment on va les coloniser ?". Je tenais mon univers, une île artificielle en train de couler… l’imagination a fait le reste.

 

L’intrigue de Soléane se réfère directement au mythe de l’Arche de Noé. Pourquoi avoir choisi de traiter ce mythe ?

M. Z. : Le mythe du déluge est un mythe fondateur qui se retrouve chez quantité de peuples et de cultures. L’idée qu’on peut presque tout balayer du passé pour reconstruire le monde en mieux est fascinante, tant elle est effrayante. L’entité divine, que ce soit un Dieu ou des dieux, aurait le droit à un brouillon, ou même plusieurs, qui sait ?

 

Mais la parole de Dieu / des Dieux est le plus souvent portée par les hommes. Un récit dans lequel des individus se sentent investis d’une mission divine consistant à libérer le monde des "mauvais" hommes pour le repeupler avec de "meilleurs" hommes renvoie un écho qui ne se limite pas au passé, lointain ou proche. Ce mythe résonne toujours dans le monde d’aujourd’hui.

 

Sans dévoiler trop de choses, on peut tout de même dire que le lait est un élément clé de l’intrigue de Soléane. Qu’est-ce qui vous a motivée à mettre le lait au cœur de votre récit ?

M. Z. : La place du lait dans le roman ne résulte pas d’un choix réfléchi. Bien sûr, l’allaitement nous ramène à notre nature de mammifère. Par ailleurs, le bébé de l’homme est l’un, si ce n’est le, petit mammifère dont la dépendance à l’autre est la plus longue. Alors, le monde qui organise l’utilisation du lait maternel à d’autres fins que l’alimentation du nouveau-né, un détournement sciemment orchestré, ne peut qu’interroger sa capacité à laisser grandir ses enfants, à les laisser devenir homme et femme. Mais ça… c’est une justification rétroactive ! 

 

Soléane, "une fille qui n’a pas le profil d’une héroïne."

 

L’héroïne, Soléane, est un personnage très fort, elle est courageuse, intègre, prête à se sacrifier pour ceux qu’elle aime. Comment avez-vous créé ce personnage, aviez-vous d’autres personnages (féminins ou non) en tête ?

M. Z. : J’avais envie d’un personnage principal féminin qui accepte toutes les composantes de son environnement, même les plus glaçantes, sans les remettre en question : une fille qui est un peu naïve, gentille, une "bonne élève" ; une fille qui n’a pas le profil d’une héroïne.  Le fait que Soléane soit contrainte à porter un nouveau regard sur cet univers, et que ce qu’elle découvre l’incite à vivre tout à fait autre chose que ce dont elle avait rêvé, sans retour en arrière possible, permet de toucher à l’essence de ce qu’elle est, à la connaitre, à voir ce qu’elle est capable de faire. Je l’ai découverte aussi, au fil de l’écriture du récit.

 

Par exemple Soléane, qui est pourtant prête à tout pour atteindre ses buts, se refusera toujours à tuer ou à laisser mourir un être humain, même son pire ennemi. Est-ce que c’est aussi cela qui fait d’elle une vraie héroïne ?

M. Z. : Soléane n’est pas plus forte, ni plus intelligente que les autres. Mais elle est une héroïne au sens des sagas islandaises et vikings : lorsqu’elle est confrontée à des situations qui la dépassent, elle choisit de continuer à avancer plutôt que de se voiler la face.

Le fait qu’elle s’accroche à ses valeurs, le fait qu’elle continue à penser que le but ne justifie pas tous les moyens, et cela au péril de sa vie, la distingue de ses ennemis. Elle préserve en elle les fondements de son humanité. Oui, vous avez raison, c’est probablement ce qui la rend héroïque. 

 

De manière générale, quelles sont les références, parmi vos lectures d’enfant ou d’adulte, qui ont inspiré Soléane ?

M. Z. : Elles sont sûrement multiples, mais elles restent inconscientes. L’imagination est comme une éponge qui s’imprègne de tout ce qu’on vit, de tout ce qu’on a vécu. Il est difficile pour moi d’identifier parmi tout ça ce qui a pu contribuer à façonner le récit de Soléane.

 

Les grands thèmes qui traversent Soléane : "j’écris sur le monde d’aujourd’hui."

 

Un thème crucial dans Soléane est celui de la liberté. Elle traverse le récit, tour à tour acquise ou entravée.  Pourquoi ce thème était-il important pour vous ?

M. Z. : Parce qu’il est au cœur du sens de la vie.

 

Cette liberté est notamment incarnée par la musique, un autre élément qui prend une vraie place dans le récit.  Que représente la musique pour vous ?

M. Z. : Mon enfance ! J’ai grandi dans une maison au milieu de laquelle était installé un orgue à tuyaux. Mon père en jouait chaque jour. Et quand il n’en jouait pas, il en écoutait. Cette musique envahissante, on la retrouve dotée d’une tout autre fonction, sur le Coracle !

 

Soléane est un roman qui accorde une forte place aux femmes : son héroïne est, par définition, une femme, mais plusieurs des personnages nécessaires à l’intrigue sont aussi des femmes. Par ailleurs, les femmes sont nécessaires à la vie sur le Coracle, grâce à leur lait. Ce sont aussi elles qui choisissent l’homme avec qui elles vivront, etc. Ce choix est-il un choix délibéré de votre part ?

M. Z. : Le fait que le Coracle ait été au départ un sanctuaire destiné à préserver la vie des dernières femmes allaitantes allait de pair avec un changement important de la place de la femme dans la société issue de ses premiers habitants. La vie des femmes devient précieuse, car en étant menacée, c’est la survie de l’espère humaine qui est jeu ! Et pourtant, sur le Coracle, le pouvoir reste détenu par des hommes…

 

Dans la liste des éléments clés de Soléane, il y a bien sûr la Terre. Elle est celle que l’on fuit, d’abord, puis que l’on tente d’atteindre à nouveau et à tout prix. Sur le Coracle, la plupart des espèces, animales ou végétales ont disparu. Peut-on dire que Soléane est un roman qui traite d’écologie ?

M. Z. : L’écologie n’est pas une thématique essentielle dans Soléane. Mais le récit se déroule dans un lointain futur (à l’échelle humaine), il était donc incontournable d’y intégrer une réflexion écologique pour créer un univers cohérent, porteur de sens. Et puis j’écris avec ce que je suis, mon histoire, ma culture, mes valeurs, mon envie de voir mes enfants vivre sur une terre où l’Homme a un avenir. Alors, inévitablement…

 

Enfin, l’intrigue de Soléane se déroule en 2540 et dépeint un avenir pour le moins pessimiste pour l’espèce humaine. Pourquoi avoir eu envie d’écrire une dystopie ?

M. Z. : Quelques années après ma trilogie Le Tourneur de Page, j’avais envie d’y revenir bien qu’entre-temps une vague de romans dystopiques ait déferlé dans les librairies !

 

La dystopie ne consiste pas à imaginer un avenir, elle sert surtout à définir un univers politique, géographique et technique qui se prêtera le mieux à une projection des enjeux de notre monde actuel. Dans ce roman, tissé avec la trame de l’aventure de Soléane sur le Coracle, je n’écris pas sur un avenir futuriste, j’écris sur le monde d’aujourd’hui.

 

Découvrez Soléane, Muriel Zürcher (Didier Jeunesse).

 

Propos recueillis par Claire Sarfati

 

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