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« Notre guerre civile » de Judith Perrignon : portrait de Louise Michel, l’anarchiste féministe

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Dans Notre guerre civile, paru chez Grasset, Judith Perrignon retrace la vie de Louise Michel, grande figure de la Commune, anarchiste féministe, révolutionnaire jusqu’à la fin de sa vie.

Judith Perrignon en un clin d’œil

Journaliste, essayiste et romancière, Judith Perrignon est l’autrice de nombreux livres dont Les ChagrinsLes Faibles et les forts, publiés chez Stock puis au Livre de Poche, ou encore Là où nous dansions chez Rivages, et Le jour où le monde a tourné  paru chez Grasset, en collaboration avec France Culture en 2022 sur les années Thatcher au Royaume-Uni. Elle co-écrit aussi plusieurs récits personnels dont ceux de Marceline Loridan-Ivens, L’amour après chez Grasset et L’Intranquille de Gérard Garouste, disponible au Livre de Poche.

Pourquoi on aime Notre guerre civile

Un document exceptionnel sur l’une des icônes féminines du XIXème siècle, grande défenseuse de la Révolution

Après la série documentaire diffusée sur France Culture dans Les Grandes Traversées, Louise Michel, femme tempête, Judith Perrignon signe Une guerre civile, paru chez Grasset en mai, un document exceptionnel sur la vie, de la naissance à sa disparition, de l’une des figures majeures de la Commune, révolutionnaire et utopiste farouche.  

Dans Notre guerre civile, Judith Perrignon nous raconte sa propre plongée dans les archives pour reconstituer la vie de Louise Michel et tenter d’exhumer des éléments inédits d’une personnalité engagée et aujourd’hui très reconnue du XIXème siècle. Le livre de Judith Perrignon est remarquable aussi par les nombreuses voix qu’elles convoquent, citées dans Notre guerre civile et audibles dans la série de France Culture, dont notamment Michelle Perrot et Michèle Riot-Sarcey, historiennes, Xavière Gauthier, biographe de Louise Michel ou encore Jean-Marc Hovasse, biographe de Victor Hugo. Enfin, de nombreux extraits des Mémoires de Louise Michel viennent éclairer les différentes parties de sa vie.

Louise Michel, un destin extraordinaire

       Aux origines

Si le livre commence par la retranscription de procès de la Commune en 1871 issus d’archives policières, Judith Perrignon remonte ensuite aux origines de Louise Michel. Elle raconte sa naissance en 1830 dans une famille de châtelains de la Haute-Marne. Sa mère, Marianne Michel, est la servante de la famille. Louise serait la fille illégitime du fils du châtelain, Laurent Demahis, qui quitte très vite le domicile parental. Le patriarche et châtelain, ainsi que sa femme, élèvent alors Louise comme si elle était leur petite-fille. Ils lui offrent une éducation, rare à l’époque pour les filles, encore plus pour celles nées d’unions illégitimes, et lui mettent entre les mains des textes des philosophes des Lumières notamment, à la poésie et la littérature.  Très vite cependant, les rumeurs font planer le doute sur la réelle identité paternelle : Louise ne serait-elle pas, finalement plutôt, la fille du patriarche, père de Laurent, supposément son grand-père ? Selon sa biographe, Xavière Gauthier, Louise Michel va transformer ce trouble sur l’identité paternelle en force vitale qui orientera son combat : « Marie-Anne ne savait peut-être pas lequel des deux était le père de sa fille. Louise aurait pu être écrasée sous ce secret. C’était une bâtarde. Ça voulait dire beaucoup de choses à l’époque. Mais son intelligence extraordinaire c’est d’avoir fait de cette réalité impossible, non pas un problème pour elle, mais un problème pour l’humanité. La vérité est impossible ? On va la changer. Et elle l’a surmontée en allant vers les autres. Je crois que c’est comme ça qu’elle s’en est sortie, en étant en lutte avec d’autres et non pas pour elle. ».

       Paris et la Commune

C’est ensuite son arrivée à Paris, en 1856, qui scellera son destin. Elle y exerce en tant qu’institutrice dans une école pour filles, où l’on chante la Marseillaise plutôt que l’on récite les prières. Le soir, elle poursuit ses études et suit des cours avec d’autres femmes. Elle s’intègre peu à peu dans les mouvements révolutionnaires qui la mèneront à devenir l’une des figures de proue de la Commune, qui sévit à Paris pendant 72 jours, en janvier 1871.

Après l’échec de ce mouvement révolutionnaire et dans le but de libérer sa mère, elle est déportée en Nouvelle-Calédonie, alors fraichement française et terre destinée aux bagnards. Elle y poursuit son combat dans l’éducation et la défense des plus pauvres à qui elle donne presque tout ce qu’elle a. Elle y restera presque dix ans et sera, à son retour à Paris, définitivement convertie à la cause anarchiste.

     Son lien avec Victor Hugo

Les correspondances entre Louise Michel et Victor Hugo sont connues et leur lien a parfois alimenté quelque fantasme d’union adultère. Amoureuse de la poésie depuis son enfance, Louise Michel voue un culte au grand écrivain depuis toujours, et commence à lui écrire alors qu’elle n’a que 18 ans. Ils entament alors une correspondance et se rencontrent à plusieurs reprises. Hugo intervient également politiquement pour faire libérer Louise Michel lorsqu’elle est emprisonnée. Si la nature de leur relation reste encore à ce jour assez mystérieuse, il est certain que l’œuvre d’Hugo est fondatrice pour Louise Michel : elle emprunte le pseudonyme d’Enjolras pour signer ses lettres, et, en déportation, demande au grand écrivain de lui envoyer Les Châtiments.

    Anarchiste libertaire jusqu’à la fin

Jusqu’à la fin de sa vie, Louise Michel, régulièrement emprisonnée, déportée, jugée, reste fidèle à ses principes et œuvre pour la liberté, qui est pour elle synonyme d’égalité. Elle refuse les institutions qui oppriment, l’autorité qui écrase, « l’autorité d’un seul, c’est un crime » écrit-elle et la pauvreté qui paralyse. Elle se définit elle-même comme anarchiste libertaire et Michèle Riot-Sarcey explique : « La liberté, c’est être en capacité de pouvoir agir dans tous les domaines, intellectuel, privé, domestique, on n’est libre que si l’autre est libre et il est nécessaire d’être libre pour pouvoir tout simplement gérer la chose publique. »

Dans Notre guerre civile, la journaliste Judith Perrignon dresse un portrait passionnant d’une femme combative et assoiffée d’utopie, devenue aujourd’hui icône.

La page à corner

« Le directeur de la prison fait de réguliers rapports sur cette détenue si particulière qui pleure désormais. Sa mère, en existant, en s’opposant à elle, lui permettait d’habiter encore l’enfance et ses serments. En s’en allant, elle la pousse vers un autre âge, lui signifie que le monde change. Louise se réfugie dans l’écriture de ses Mémoires, elle écrit pour résister, pour tirer un fil continu sur sa vie. Elle revient sans cesse à cette pieuse et fantasque gamine du château qu’une berceuse aurait volontiers envoyée au cimetière, et qui volait de l’argent à son grand-père pour le distribuer aux pauvres. Il devait en être ainsi : le vent qui soufflait dans ma vieille ruine, les vieillards qui m’ont élevée, la solitude, la grande liberté de mon enfance, les légendes, les bribes de science braconnées un peu partout, tout cela devait m’ouvrir l’oreille à toutes les harmonies, l’esprit à toutes les lueurs, le cœur à l’amour et à la haine. Tout s’est confondu dans un seul chant, dans un seul rêve, dans un seul amour : la Révolution. »

« Ma pitié pour tout ce qui souffre, pour la bête muette plus peut-être que pour l’homme, alla loin. Ma révolte contre les inégalités sociales alla plus loin encore. Elle a grandi, grandi toujours à travers la lutte, à travers l’hécatombe, elle est revenue de par-delà l’océan. Elle domine ma douleur et ma vie. »

Ce résumé d’elle-même fait sourire sa biographe Xavière Gauthier : « J’ai pitié de tout ce qui souffre, c’est vraiment une phrase d’enfant et c’est aussi sa force sûrement. Elle refuse la maturité adulte pour garder intègre sa révolte. Révoltée depuis le départ de différentes façons, mais révoltée jusqu’à la fin. Et pour que ce ne soit jamais émoussé, il faut qu’elle ait gardé quelque part une âme d’enfant. Ce n’est pas innocent une âme d’enfant, c’est violent. Elle a refusé d’accepter, de se plier à la société et donc de grandir de cette façon-là. C’est ce qui est magnifique et terrifiant. » p.172-174

Dans la presse

Notre guerre civile : Louise Michel et les Pétroleuses oubliées de la Commune

Retour en 1871, pendant la Commune de Paris : 72 jours d'insurrection qui vont profondément marquer l'histoire politique et sociale française. Parmi ses figures, il y a une femme : Louise Michel. Judith Perrignon dresse le portrait de cette anarchiste féministe dans Notre guerre civile (Grasset). 

TV5 Monde

 

Notre guerre civile, Judith Perrignon fouille les archives sur Louise Michel

Judith Perrignon prolonge sa série pour France Culture sur Louise Michel, cette fois à l’écrit. Cela donne un récit vivant à plusieurs niveaux, principalement sur la vie d’une icône de la Révolution, mais aussi sur le travail remarquable de la journaliste. 

Eric Médous – Benzinemag.net

 

Lucile Charlemagne

 

Notre guerre civile
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