Ce que l'Histoire laisse en nous
La rentrée littéraire des éditions Stock nous interroge d'abord sur ce que l’Histoire laisse dans son sillage. Dans Mon imam, Sabyl Ghoussoub s’emploie à remonter le fil de la vie du personnage éponyme, disparu le 31 août 1978 après avoir rencontré le colonel Kadhafi en Libye. Pour l’écrivain, l’imam aurait alors décidé de se soustraire à sa fonction et de céder aux charmes d’une Italienne. Par le truchement de la littérature, Sabyl Ghoussoub transcende les genres et déambule avec grâce sur un fil tendu entre douleur et beauté.
Jean-Luc Coatalem mêle lui aussi littérature et Histoire dans Tête brûlée, à travers le personnage de Ronan Kerven. Après avoir traversé trois guerres, en Europe, en Afrique du Nord et en Asie, l’officier pose enfin son sac, mais se retrouve vite rattrapé par son passé. Qu’est-ce que l’engagement ? Peut-on être un imposteur toute sa vie ? Jean-Luc Coatalem raconte le destin cabossé d’un homme dont la trajectoire épouse une part de la grande Histoire.
Rachid Brakni explore à son tour l’héritage que l’Histoire laisse derrière elle à travers le personnage de Karina Le Roy, dont le véritable nom est Karima. Dans La part absente, se dessine une enquête personnelle et identitaire, portée par une quête de liberté et l’affranchissement d’une charge sociale et raciale profondément marquée par la guerre d’Algérie.
La transformation par l'épreuve
Si l’Histoire laisse en nous un héritage inévitable, il demeure toujours possible de se reconstruire. Luz, dessinateur de bande dessinée et rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo en 2015, le démontre dans Un diamant dans les gravats, publié dans la collection Ma nuit au musée. Au détour d’une nuit passée au Centre Pompidou, il explore les vestiges de sa reconstruction et choisit de ne plus se considérer comme un champ de ruines, mais comme un chantier, à l’image du musée lui-même. Par le dessin comme par l’écriture, il interroge ainsi la manière dont l’art peut accompagner la reconstruction de tout un chacun.
Toujours dans la collection Ma nuit au musée, Jean-Baptiste Del Amo explore quant à lui l’épreuve de la maladie dans Une éclaircie. Face aux peintures noires de Francisco de Goya, et au détour d’une nuit passée à l’ermitage San Antonio de la Florida où se trouve la sépulture du peintre, il revient sur le bouleversement qu’a représenté la maladie et sur la nécessaire reconstruction qu’elle impose, aussi bien physique que mentale.
Interroger nos certitudes
Enfin, la rentrée littéraire des éditions Stock nous invite à questionner nos certitudes les plus intimes. Dans L'Audition, Katie Kitamura signe, à travers la rencontre d'une femme et d'un jeune homme, un roman saisissant aux allures de jeux de dupes, brouillant sans cesse les frontières entre réalité et performance. En jouant avec son lecteur, l'autrice américaine l'amène à s'interroger sur les rôles que nous endossons au cours de notre existence.
C'est à une autre certitude que s'attaque David Djaïz dans son premier roman La méthode : celle qui voudrait que le progrès soit nécessairement synonyme de bien. À travers un pan méconnu de l'Histoire, l’auteur met en lumière les zones d’ombre qui peuvent accompagner les avancées scientifiques et pose une question brûlante : jusqu’où peut-on aller au nom du progrès ?
Nicolas Idier, quant à lui, nous entraîne avec Hyperkarma dans les profondeurs de Delhi, où une enfant disparaît mystérieusement. Des souterrains de la ville à ses rues saturées de vie, le roman compose une fresque aussi sensorielle que vertigineuse, où les frontières entre le réel et la dystopie semblent elles aussi se brouiller. Nicolas Idier fait de Delhi une véritable arène romanesque, bouillonnante et inquiétante, pour interroger les transformations d’un monde dont nous ne maîtrisons peut-être plus les contours.
Shannon Humbert.

