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15 Janvier 2016

Elise Fontenaille : "Ecrire un roman d’amour, c’était mon défi !"

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Elise Fontenaille : "Ecrire un roman d’amour, c’était mon défi !"

Après Blue book en 2015, Elise Fontenaille publie un récit intime, Bel-Ordure (Calmann-Lévy). Très intime puisque, sous le masque d’une vive et tragique autofiction, c’est sa propre histoire qu’elle raconte, celle d’un amour passionné avec un "loser magnifique" : le charismatique et romanesque Adama, en tout son opposé, flamboyant fantôme de la nuit, aussi à l’aise dans le luxe que dans la misère, toxique pour toutes les femmes qui croisent son chemin et porté sur la boisson… L’auteur nous en dit plus sur celui qui a "mis (son) cœur en charpie"… 

MyBOOX : Qui est votre narratrice et que lui arrive-t-il dans ce texte ?

 

Elise Fontenaille : Bien sûr, c’est moi. Le prénom Eva n’est que l’éventail derrière lequel les coquettes font mine de se dissimuler. Mais Bel-Ordure est vraiment une autofiction dans la mesure où je prends une certaine liberté, surtout dans la seconde partie où le désir de fiction reprend le dessus. On est donc vraiment dans l’autofiction. Eva est une femme de l’aube, sociable en superficie mais très solitaire, et qui ne cherche pas à rencontrer quelqu’un. La possibilité qu’elle avait de rencontrer un homme de la nuit était nulle. (Mais je vais parler à la première personne car il s’agit vraiment de moi...) Donc un jour, pour une fois, je sors retrouver une ancienne amie à un vernissage un peu improbable. J’y vais et juste avant de partir je croise cet homme très théâtral, Adama. La rue, la ville sont son théâtre. Je vois différement le roman après les tragiques événements de novembre, d'ailleurs, parce que c’est comme s’il était l’incarnation de cette nuit que les djihadistes ont essayé d’abattre. C’est un fantôme de la nuit comme on dirait "fantôme de l’opéra". Ce qui me fascine aussi chez cet homme c’est qu’il est en déambulation permanente. Moi je suis un peu la "paysanne de Paris" pour envoyer un clin d’œil à Aragon et au surréalisme, mais lui, c’est vraiment l’âme nocturne de Paris. De tout Paris et de sa banlieue, du Montreuil interlope, pauvre, de misère et d’immigration. Il vit dans une ancienne maison d’artistes devenue un squat et où les conditions sont très dures. Mais dans sa jeunesse, il a fréquenté la crème de la crème des noctambules parisiens, il a été un prince des années Palace... Ce qui m’épate c’est le courage avec lequel il passe du luxe à la misère, même dans une journée. Et il ne laisse nulle trace. Pour moi c’est comme un personnage mystique. Il a une aura telle que le désastre fait partie de cette aura. Et évidemment il a mis mon cœur en charpie mais ça c’est normal. C’est la vraie vie…

 

Pourquoi avoir signé plusieurs livres Fontenaille-N’Diaye en accolant le nom de cet homme au vôtre ?

 

Je ne le clame pas vraiment. C’est plus compliqué que cela. J’en avais assez de mon "vieux" nom. J’avais envie de changer de nom comme de changer d’histoire personnelle. J’ai demandé à mes éditeurs si je pouvais ajouter à Fontenaille, N’Diaye, du nom que l’homme que j’aimais – d’autant qu’il m’avait expliqué que ça signifie "le clan du lion" et que je suis du signe du lion. C’était aussi un désir de fraternité par rapport au thème que j’abordais dans Blue Book et quelques autres livres. Et puis, comme je fais tout à fond, c’était un gage d’amour fou. Comme il était sans papiers on ne pouvait pas se marier et prendre son nom était symbolique. Cet homme est comme une page blanche, on peut tout projeter sur lui, il ne dira jamais non. Il est prêt à toutes les aventures.

 

Que pense-t-il du livre ?

 

Je sens bien au ton de sa voix émue et dans son insistance à me revoir qu’il a été touché. C’est plutôt une bonne pâte. Il a bien vu que c’était un livre d’amour plus que de règlements de comptes. Et ses travers il les connaît… Mais chacun interprète différemment le livre. J’ai une amie pour qui c’est un portrait "politique", en tout cas l’histoire de son échec et de sa chute favorisés par ses origines sénégalaises et le fait qu’il soit noir. 

 

Vous écrivez dans des genres très divers. Pourquoi cette grande variété et pourquoi cette enquête intime alors que vous être plus souvent dans l’enquête sur le monde ?

 

Régulilèrement je fais des livres comme ça parce que le plus beau matériau d’un écrivain c’est quand même soi-même, celui qu’on peut piller en toute impunité. Mais aussi parce que je m’étais jurée de ne jamais écrire un roman d’amour, genre que je trouve mièvre. Mais j’adore faire ce que je me suis jurée de ne jamais faire. L’occasion était trop belle, ce que je ressentais était trop fort, je voulais l’écrire à chaud tant que ça brûlait. J’ai bien fait parce que je serais à présent incapable d’écrire ce livre. Ces émotions si fortes se sont dissipées, je suis ravie d’avoir attrapé ces papillons en plein vol qui auraient disparu car la passion est éphémère. Pour moi l’écriture est une aventure. Je mets beaucoup d’énergie dans l’essai d'un genre nouveau, j’adore les défis et là, le défi, c’était d'écrire un roman d’amour.

 

Que lisez-vous en ce moment ?

 

Je lis toujours beaucoup de choses en même temps. Pour des travaux en cours je relis La Voie des masques de Claude Levi-Strauss et L’Art primitif de Franz Boas. Pour un projet jeunesse, je lis des choses sur l’occupation d’Alcatraz par les Amérindiens en 1969, événement qui a lancé le Red Power. Par ailleurs, je relis Huckleberry Finn de Mark Twain, c’est une telle joie, un tel bonheur, un tel plaisir ! Et là je vais relire La Femme de Villon d’Osamu Dazaï, la terrible histoire d’une épouse d’alcoolique… J’adore Osamu Dazaï dont je cite La Déchéance d’un homme dans Bel-Ordure. Sinon, je dois rendre à la bibliothèque dans une heure Le Vieux d’Edouard Limonov, et sur les conseils de mon ex-mari, je lis L’Amant de Patagonie d’Isabelle Autissier – surtout en vertu de mon intérêt pour les peuples primitifs. Et j’ai relu il y a très peu de temps Dawa de Julien Suaudeau, un polar publié il y a un an et qui racontait une série de six attentats commis un vendredi 13 à Paris. En tant qu’auteur, ce genre de coincidences me fait froid dans le dos.

 

Propos recueillis par Noémie Sudre

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