Édité par la maison Didier Jeunesse, ce conte musical réunit la plume de Jean-Michel Coblence (enseignant d’histoire, directeur des collections « Les classiques en BD » et mélomane), les illustrations de Donatien Mary et la voix du comédien Laurent Natrella (sociétaire à la comédie française jusqu’en 2018). Et lorsque des talents aussi brillants collaborent ensemble, le résultat est époustouflant. En parallèle du récit du parcours initiatique de Thésée, les œuvres du compositeur Ludwig van Beethoven sont mises à l’honneur. Un bel hommage, puisque l’année 2020 lui était consacrée, à l’occasion du 250ème anniversaire de sa naissance. Au-delà d’un joli concours de circonstance, c’est surtout un mariage éclairé qui facilite l’accès à la complexité de ses œuvres. Le projet éditorial de Thésée s’ancre donc dans l’identité même de la maison Didier Jeunesse, qui, depuis sa création en 1988 par Michèle Moreau, a fait de la passion pour la musique le point d’orgue de son catalogue. Thésée, Ariane et le Minotaure répond à une envie murie depuis longtemps de rendre accessible la musique symphonique. Un enjeu de taille, puisque d’une part, il n’est pas facile de l’écouter sous forme de disque, et d’autre part, il s’agit d’œuvres tellement encrées dans notre patrimoine qu’elles sont quelque part devenues populaires. La mythologie constituait donc une bonne porte d’entrée pour aborder le symphonique, puisqu’elle échappe aux classifications et à la temporalité contemporaine. Elle constitue en effet un creuset, au sein duquel s’expriment les passions humaines. À travers les pages qui sont autant de tableaux, le parcours de Thésée se dessine. Préparez-vous à être transportés : le graphisme des illustrations emprunte à l’esthétique des vases antiques et reprend le style de la figure noire. Les aplats de couleurs vives sont d’autant plus contrastés. La typographie s’inscrit quant à elle en écho au style géométrique et vient souligner certains passages. Jean-Michel Coblence fait découvrir ce héros courageux et humain qu’est Thésée à travers des mots parfaitement compréhensibles pour de jeunes enfants. Thésée est présenté de façon très positive, un vrai héros auquel il est aisé de vouloir s’identifier. Il est admirable d’avoir construit un texte à la fois si simple et si poétique. Vient enfin la musique de Beethoven et le choix des extraits. Et alors là ! On ne peut qu’être scotché.e.s devant tant de maîtrise. Le pon-pon-pon-poooooon de la 5ème symphonie intervient à point nommé, je vous laisse le plaisir de la découverte. La marche funèbre de la 3ème accompagne le suicide d’Égée. Jean-Michel Coblence a sélectionné chaque passage de telle sorte que l’album se mue lui-même en une symphonie : il débute par une ouverture et se clôt sur un final, la forme répondant brillamment au fond. En résumé, cet album est un très grand album jeunesse. Il convient aux enfants dès 5 ans.
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