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"Vivre cent jours en un" : le chant du cygne de Billie Holiday à Paris

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Dans Vivre cent jours en un (Stock), le journaliste Philippe Broussard nous fait revivre la dernière tournée européenne de l’icône Billie Holiday en novembre 1958. Une tournée oubliée, entre Milan et Paris, entre Bardot, Gainsbourg et Sagan, entre pathétique et grandiose.

Philippe Broussard en un clin d’œil : 

Philippe Broussard, 51 ans, est rédacteur en chef du service "Enquêtes" de L’Express après avoir été longtemps grand reporter au Monde, où il a obtenu le Prix Albert Londres 1993. Il est l’auteur ou le co-auteur d’une dizaine de livres, dont La prisonnière de Lhassa (Stock, 2001) et La disparue de San Juan (Stock, 2011). Lire la biographie de Philippe Broussard

 

Pourquoi on aime "Vivre cent jours en un" :

 

Paris, un soir de novembre 1958. Alors que la vie nocturne reprend ses droits, nous voici devant le Mars Club, repaire d’une poignée d’"expats" américains et de passionnés de jazz, située au fin fond d’une impasse, à cent-cinquante mètres des Champs-Elysées. C’est ici que nous attend "Lady" Billie Holiday.

 

Durant quelques nuits et quelques nuits seulement, l’ex-étoile new-yorkaise du jazz s’est livrée jusqu’à l’aurore dans cette petite boîte intimiste. Chaque soir, elle s’y produit, à l’état brut, tour à tour majestueuse et tragique, devant une poignée de fidèles parmi lesquels on retrouve Sagan, Bardot, Duke Ellington ou encore un certain Gainsbourg.

 

C’est cette dernière tournée européenne - épisode méconnu de la vie de Billie Holiday - que nous raconte Philippe Broussard dans Vivre cent jours en un (Stock). Dans ce livre construit comme un roman, l’auteur remonte, avec le talent d’enquêteur qui est le sien, la piste de "Lady Day" à travers l’Europe. Du Smeraldo de Milan au Teatro Gerolamo en passant par l’Olympia, nous accompagnons, de désastres en résurrections, une Billie Holiday au crépuscule de sa carrière mais toujours indomptable. Lester Young, Mal Waldron, Michel Gaudry, Art Simmons, le couple Butler… dans son sillage, on croise de nombreux "personnages", grands noms du jazz, témoins oubliés, ou tout simplement amis et confidents indispensables qui accompagnent une "Lady" minée par l’alcool et la drogue.

 

D’anecdotes en découvertes, c’est toute une époque que nous fait revivre Philippe Broussard. Celle, troublante, de la fin des années cinquante où les artistes afro-américains fuyaient la ségrégation pour venir vivre de leur art dans le Paris des Sagan, Bardot et autre Vian.

 

Alors, tandis que l’obscurité s’installe, avant que le rideau ne tombe, il ne nous reste plus qu’à franchir les portes de ce Mars Club et nous laisser envoûter une dernière fois – petits veinards que nous sommes ! – par la voix délicieusement traînante de Billie Holiday.

 

La page à corner :   

 

Devant une salle comble, The Lady s’apprête à monter sur la petite scène du Mars Club pour la première fois : « Billie pose son verre vide. D’une démarche lascive, elle s’approche du piano derrière lequel Mal Waldron a pris place. La salle est silencieuse, Billie aime commencer quand la salle est silencieuse. D’où elle est assise, Bardot entend juste le cliquetis de ses boucles d’oreilles métalliques. Gaudry enlace sa contrebasse. Barbara retient son souffle. Barney respire. Art se dit : « Oh là là, quelle angoisse ! ». Le plus serein est finalement Waldron. Il connaît sa Lady mieux que quiconque ici, et devine que, une fois surmontée son appréhension habituelle des soirs de première, un endroit aussi intime que le Mars sera idéal pour la relancer sept jours après l’Olympia. Cette boîte, c’est un peu celle de ses vieux rêves, un nid à sa mesure d’oiseau blessé. Au risque de passer pour un naïf, Mal ne partage pas sa vision négative de tant d’autres personnes à son sujet. Cette femme peut rire, et blaguer, et aimer, et donner. Noircir le tableau ne sert donc à rien, si ce n’est à renforcer son image d’artiste maudite. (…) Ensemble, ils peuvent encore accomplir de grandes choses. Waldron au piano. Gaudry à la contrebasse. Et Billie qui chante, chante, chante. » (p.160-161).

 

 

Olivier Simon

La disparue de San Juan
LA DISPARUE DE SAN JUAN, Argentine octobre 1976 Philippe Broussard Février 2011, 442 pages Marie-Anne Erize avait 24 ans, un physique de mannequin, des utopies de rebelle. Un jour d’octobre 1976, des militaires en civil l’ont enlevée à San Juan, petite ville du nord-ouest de l’...
Paru le : 
02 Février 2011

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