Vous êtes ici

08 Avril 2016

Chahdortt Djavann : plaidoyer pour "les putes voilées" !

Partager via Facebook
Partager via Twitter
Partager via Pinterest
Partager par Mail
Imprimer la page
Les putes voilées n'iront jamais au paradis
Avis des lecteurs : 4/5 6 Donner un avis
Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues,...
Paru le : 
06 Avril 2016
Les Putes voilées n'iront jamais au paradis
Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux amies séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d'outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran. Les...
Paru le : 
13 Septembre 2017

La romancière et essayiste franco-iranienne Chahdortt Djavann revient en librairie avec Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! (Grasset). Un titre fort pour un ouvrage entre fiction et document dénonçant les aberrations des systèmes islamiques radicaux envers les femmes. 

Chahdortt Djavann en un clin d’oeil :

Née en Iran en 1967, Chahdortt Djavann est romancière et essayiste. Elle a notamment publié La dernière séance chez Fayard, Je ne suis pas celle que je suis au Livre de Poche et Big Daddy chez Grasset.

 

Pourquoi on aime Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! :

 

Avec un titre aussi fort que Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! (Grasset), Chahdortt Djavann dénonce une réalité édifiante en se plaçant à mi-chemin entre essai et fiction. Au commencement il y a un fait divers réel : dans plusieurs grandes villes iraniennes, des prostituées sont retrouvées mortes, étranglées avec leur tchador. Dans un pays où les lois islamistes régissent la société et où la justice est rendue par des mollahs, pour la plupart des gens, ces assassins sont de bons musulmans, des purificateurs. L’islam n’autorise-t-il pas à tuer une prostituée si, après deux avertissements, elle ne se résout pas à abandonner son activité qui déshonore les maris, les fils, les frères ?

 

Un écran de fumée derrière lequel se cachent les autorités d’un pays où la prostitution est un mal tout aussi présent que le chômage ou le trafic de drogue. Pire, il y est lié. Dans une langue très littéraire et crue, pleine de rage et de compassion, la voix de Chahdortt Djavann surplombe parfois le tout dans des pages didactiques qui laissent éclater la colère de l’auteur née en Iran et militante pour les droits des femmes depuis son plus jeune âge (elle a été emprisonnée à 13 ans pour avoir distribué des tracts contre le régime islamique). On apprend que les tchadors "clignotent" à tous les coins de rue : ils s’ouvrent pour ne laisser voir aux hommes frustrés que les fentes convoitées qui les embrasent d’un coup : "Elles portent le hijab le plus sévère et parviennent à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art !".

 

Ailleurs, elle choisit le prisme de la fiction pour mieux tirer à blanc sur les régimes dont elle dénonce la "morale de Tartuffes". Le lecteur suit donc deux sœurs, Zahra et Soudabeh, forcément mal nées parce que femmes, et contraintes de basculer très jeunes dans la prostitution comme beaucoup de leurs concitoyennes mises sur le trottoir par leur frère/mari/père pour payer leur dose ou parce que vivre dans un bordel quand on a fui sa famille est l'option la moins risquée… Autour de ces deux jeunes femmes, l’auteur donne la parole à des dizaines d’autres. De vrais-faux témoignages inspirés d’un documentaire réalisé suite aux meurtres en série. Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! est leur mausolée.   

 

Le texte est aussi percutant grâce à son ironie mordante qui met l’islam radical face à ses contradictions : la faute à Dieu si les femmes crèvent autant de désir que les hommes ? Les femmes n’auraient-elles pas Dieu au corps plutôt que le diable qu’on veut rendre responsable de leur impureté ? "Si Dieu est partout, s’il est dans chaque parcelle de mon corps, serait-il aussi entre mes cuisses, là où ça chatouille certaines nuits ?", se questionne l’un des personnages féminins. Et ce n’est qu’un exemple...

 

Quelques semaines après avoir découvert le calvaire de l’actrice Loubna Abidar, lynchée au Maroc pour avoir joué le rôle d’une prostituée dans le film Much Loved (sélectionné dans la catégorie meilleure actrice pour les César) et à l'heure du débat sur la mode islamique, ces réalités nous sont plus proches que jamais. Car derrière la condition des prostituées dans les pays qui appliquent la charia, c’est la globalité du sort fait aux femmes qui nous frappe en pleine face.

 

La page à corner :

" « Dieu est partout. Sans limites. Dieu est immense. Infini. Dieu est partout dans la plus infime des choses. Dieu est partout, dans chaque centimètre de notre planète Terre et partout dans le ciel et dans l’univers… », nous répétaient des femmes voilées, des bigotes qui venaient dans les écoles pour faire entrer Dieu une fois pour toutes dans notre crâne, dans notre âme, apparemment dans notre corps aussi. Et elles ont bien réussi ! « Dieu est partout. Il est dans chaque parcelle de votre corps, dans les lieux les plus intimes de votre corps. La sourate Qaf 50, verset 16 nous dit : Dieu vous a créées et Dieu sait parfaitement ce qui se passe dans votre âme parce que Dieu est plus près de vous que votre veine jugulaire », criait la voix aiguë et grinçante de la bigote voilée. Un « Ah bon ! » imprudent sortit de ma bouche, la première fois que cette phrase révolutionnaire parvint à mes oreilles distraites. « Quoi ?, hurla la voilée. Qu’est-ce que vous avez dit ? – Rien. » Elle reprit sa logorrhée : « Dieu est dans chaque parcelle de votre corps et sait exactement ce qui s’y passe. Dieu est plus près de vous que votre veine jugulaire. » Sans blague !

On aurait dit que Dieu, patron de la NSA, avait implanté des émetteurs numériques ultra-sophistiqués dans le cou de chaque être humain pour mieux surveiller ses faits et gestes et la moindre de ses pensées. Sacré Dieu ! 

Je ne sais pas pour mes camarades, mais à douze ans, à l’âge où je venais d’avoir mes premières règles, ma veine jugulaire m’intéressait beaucoup moins que ce qui était entre mes cuisses. Et si Dieu m’était plus proche que ma veine jugulaire, dans mon cou, sous ma peau, à l’intérieur de mon corps – je continuais mon raisonnement d’adolescente naïve, fantaisiste, un brin insolente et très curieuse -, si Dieu est partout, s’il est dans chaque parcelle de mon corps, serait-il aussi là où ça chatouille certaines nuits, presque toutes les nuits ? Puisqu’il est absolument partout. Il est aussi dans ce trou si chaud et humide où j’enfonce souvent mon doigt – avec précaution pour ne pas déchirer la fameuse vertu placée juste à cet endroit si doux et merveilleux. Serait-il possible que ce soit Dieu qui me donne des frissons ? » (…)

Leili

Naissance : 10 avril 1983 à Mashhad.

Assassinée le 19 avril 2014 à Mashhad.

Elle a été étranglée avec son tchador. » (pp. 65-70)

 

Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! dans la presse :

Voir le passage de Chahdortt Djavann dans la matinale d’Europe 1.

 

"A l'heure où parler de la question sexuelle dans le monde arabe vous rend immédiatement coupable d'islamophobie, Chahdortt Djavann exerce pleinement le droit d'être libre et de le dire crûment. Et surtout courageusement.", Mk, Charlie Hebdo.

 

"Ce roman est dérangeant parce que la réalité est dérangeante. Chahdortt Djavann m'avait déjà secoué avec son précédent roman, Big Daddy. Elle m'ébranle avec celui-ci. J'applaudis son courage, son talent et son roman, inoubliable.", Jean-Claude Vantroyen, Le Soir.

 

Noémie Sudre

A lire aussi

14 Février 2020

À vos agendas ! L’année 2020 promet de belles adaptations au cinéma de romans classiques ou contemporains. Découvrez ici les dates de sortie,...
La "Serial Mother" Jessica Cymerman revient en librairie avec "Les parents parlent aux parents !"

12 Février 2020

Jessica Cymerman, auteure du très remarqué Serial Mother (Stock / Le Livre de Poche), est de retour en librairie avec un petit guide publié aux...

12 Février 2020

Les éditions JC Lattès publieront le premier roman de la chanteuse Olivia Ruiz le 8 avril 2020. La commode aux tiroirs de couleurs s’inspirera...