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17 Janvier 2012

Belinda Cannone : le deuil d'un être de papier

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Belinda Cannone : le deuil d'un être de papier

A l’heure où l’on mesure le pouvoir de vie et de mort des nouvelles technologies sur nos mémoires, Belinda Cannone perd la sienne, totalement. Des décennies de journaux intimes cambriolés par des inconnus. Dans La Chair du temps (Stock), elle raconte cette épreuve sous la forme d'un journal intime. 

L'auteur en un clin d'oeil : 

 

Docteur en littérature comparée, enseignante à l’université de Caen, écrivain inclassable, qui échappe aux genres et aux catégories, Belinda Cannone explore des questions très personnelles à travers plusieurs essais et six romans. Lire la biographie de Belinda Cannone. 

 

Pourquoi on aime "La Chair du temps" : 

 

Belinda Cannone fait partie de ces rares écrivains qui s’écoutent. Qui n’écrivent d’ailleurs que pour cela : tenter de saisir, au milieu d’un inaudible bruissement intérieur, quelques nuances infimes, quelques accords qui sonneraient justes. 

 

Cet élément insaisissable que la romancière appelle La Chair du temps (Stock) ce petit être qu’elle fabrique depuis plus de vingt ans, à chaque instant de sa vie et dont l’histoire, l’identité ressemble à celle d’un être humain, vient tout juste, au moment où s’ouvre le livre, de disparaître. "Le 11 mars 2011, explique-t-elle plusieurs fois, comme pour affronter la réalité, j’ai découvert que des cambrioleurs avaient emporté deux grandes malles contenant tout mon passé : plusieurs décennies de journaux intimes, vingt ans de carnets de travail, toutes mes photos et ma correspondance. En somme, je venais de perdre la totalité de ma mémoire". 

 

Assommée comme par la mort d’un proche, ou l’effondrement de la partie la plus importante de son histoire, Belinda Cannone livre ses pensées et ressentis d’une façon entièrement singulière et tente de comprendre cette souffrance difficile à partager : "Je ne suis plus une histoire, mais un résultat". Elle convoque Apollinaire, Tolstoï, Borges pour construire un journal intime qui ne ressemble qu’à elle, entièrement libre de tout code narratif, "sorte de poupée qui tiendrait lieu de l’enfant perdu".

 

Mais au delà de ce qu’elle vit comme un drame personnel, l’écrivain parle aussi à l’oreille de notre époque en insufflant – peut-être malgré elle – une réflexion profonde sur l’écriture, le deuil, le temps et la perte si moderne de notre mémoire collective. 

 

Le regard critique :

 

Les personnes qui n’ont jamais tenu de journaux intimes seront-ils sensible à la douleur ressentie par Belinda Cannone le jour de leur disparition ? Et se laisseront-ils porter par les digressions désordonnées de ce récit qui ne tient compte, en aucune manière, des codes classiques ou actuels de l’édition ? La question, qui ne semble pas inquiéter l’auteur, se pose malgré tout.

 

La page à corner :

"On dit que rien de ce qui nous arrive ne s’efface, que tout est inscrit dans la mémoire mais n’est simplement pas disponible à loisir. Freud fonde sa théorie du refoulement et donc de l’inconscient sur cette idée. A présent je voudrais vraiment savoir jusqu’à quel point c’est vrai. Cela signifierait que mes journaux, au moins, sont déposés en moi (les lettres de mon grand père, de ma grand mère, de mes amis et aimés… ? non)" (p.25).

 

Lu dans la presse : 

 

"(Ce) livre ressemble aux vieux arbres noirs dont la reverdie tire fugacement l'écrivain de sa peine, aux alentours du mois d'avril, ils portent à la fois les signes de l'ancienneté et ceux du renouveau, la mémoire et l'invention", Camille Thomine, Le Magazine Littéraire.

 

"(Un) récit fiévreux (qui) s'apparente à un travail de deuil, mais annonce une renaissance. Commencé dans la souffrance, la colère et la dépression, il se termine par la victoire de l'imagination sur la réalité, du jour sur la nuit", Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur.

 

"En romancière jusqu'au bout de l'âme, Cannone ne peut s'empêcher de faire la prestidigitatrice dans les dernières pages, en jouant à son lecteur un petit tour imaginaire. Mais le vrai point final est un magnifique (et réel) geste d'amour", Marie Chaudey, La Vie. 

 

Lauren Malka

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