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09 Février 2018

Marceline Loridan-Ivens ouvre sa "valise d’amour" dans "L’amour après"

Comment aimer, vivre le désir et la jouissance quand on a été déportée ? C’est ce gouffre que questionne et raconte Marceline Loridan-Ivens dans L’amour après récemment paru chez Grasset. Une magnifique reconquête de la lumière et de la sensualité. 

Qu’est-ce qu’un corps après Auschwitz ? Comment se le réapproprier, traverser la vie et le désir quand on a été si proche de la mort ? Ces questions que les survivants des camps d'extermination ont tous dû expérimenter, Marceline Loridan-Ivens, scénariste et réalisatrice aujourd’hui âgée de 89 ans, les explore en ouvrant pour nous sa "valise d’amour" dans L’amour après (Grasset). 

 

Cesser de fuir son corps, aller "dans les graves du drame puis dans les aigus du bonheur"

 

Elle passe ainsi en revue les feuillets, lettres et pneumatiques d’un autre temps stockés depuis les années 1950 et adressées par "le ballet des hommes qui a chassé le nom de (son) père de l’état civil". Du jeune Jean-Pierre aperçu dans les rushes du film Chronique d’un été d’Edgar Morin et Jean Rouch à ses deux maris Francis Loridan et Joris Ivens en passant par l’amoureux transi que fut Georges Perec, elle déploie tous ses états amoureux et physiques. D’abord dans la fuite de son propre corps, et pour cause, Marceline apprend à se réapproprier des contours, des sensations et une géographie intellectuelle aussi, en compagnie de ceux qui ont jalonné sa vie sentimentale et ce faisant revit les joies et les peines intenses d’une génération traumatisée "dans les graves du drame puis dans les aigus du bonheur". 

 

Retrouver la lumière à travers l’obscurité 

 

Au début du récit mené par la plume de Judith Perrignon, Marceline raconte avoir récemment été brusquement frappée de cécité lors d’un voyage en Israël. Elle tâtonne ainsi avec nous dans le flou de ses souvenirs amoureux, exposant sa lente reconquête du plaisir et tout simplement de la lumière dans l’obscurité la plus totale du retour des camps. Comme elle "offre" son numéro de déportée à deux jeunes gens dans une soirée à Tel Aviv, elle nous livre aussi un témoignage indispensable, à entreposer, nous aussi, dans nos valises mentales. 

 

Marceline Loridan-Ivens : une vie à se souvenir

 

Née en 1928 à Épinal de parents juifs polonais, Marceline Rozenberg s’engage dans la Résistance tout juste adolescente avant d’être déportée à Auschwitz-Birkenau en 1944 où elle fait notamment la connaissance de Simone Veil. Elle sera libérée par l’Armée rouge en mai 1945 puis deviendra réalisatrice, scénariste et actrice assistant notamment dans ses projets son second mari, Joris Ivens. Plus généralement, Marceline Loridan-Ivens passera sa vie à se souvenir et reconstruire l'expérience traumatique des camps par les images et les mots notamment dans son film La petite prairie aux bouleaux et plus récemment son récit autobiographique sur son père Et tu n’es pas revenu (Grasset). 

 

N.S

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