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08 Décembre 2017

Clémentine Beauvais : "les ados adorent les romans en vers"

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Invitée par le salon du livre jeunesse à discuter du roman en vers libres aux côtés de Sarah Crossan, dont elle a signé la traduction d'Inséparables en français aux éditions Rageot, Clémentine Beauvais nous parle de ce genre plus populaire qu'on ne l'eût cru, mais aussi de son écriture bilingue et de ses recherches sur la littérature jeunesse.

À force d'utiliser pêle-mêle la prose, l’anglais, le vers libres et le français pour raconter ses histoires, Clémentine Beauvais a fait du langage et des adolescents ses petits rats de laboratoire. Loin toutefois de les malmener, l’auteure de Songe à la douceur et Les petites reines joue des formes pour mieux se plonger dans leur quotidien, avec un humour qui n’est pas sans rappeler la drôlerie d’un René Fallet, le cynisme comique d’une Marie Depleschin, ou encore la douceur si propre aux livres de Sarah Crossan. Ayant justement traduit pour les éditions Rageot le dernier livre de l’auteure irlandaise, Inséparables, cette chercheuse spécialisée dans la littérature enfant et jeunesse a également été invitée à s’exprimer sur le roman en vers libre lors du salon du livre jeunesse de Montreuil. Nous en avons profité pour discuter avec elle de ce genre si particulier, et évoquer la richesse de son œuvre, qui dépasse les barrières de la langue.

 

 

Hachette.fr : Bonjour Clémentine. Vous avez signé cette année la traduction du roman en vers libres de Sarah Crossan, Inséparables. Comment le projet s'est-il lancé ?

Clémentine Beauvais : J’avais déjà lu les romans de Sarah Crossan, car elle est très connue en Grande-Bretagne. Ses livres en vers m’avaient vraiment frappés. Mais pour autant, l’idée de la traduction est venue des éditions Rageot, qui envisageaient de publier les livres de Sarah en français. Ils m’ont demandé si cette traduction m’intéresserait, et comme j’ai été tout de suite emballée, ça n’a pas mis longtemps à se faire. Évidemment, le fait d’avoir déjà publié moi-même un roman en vers a joué là-dedans, même si je n’avais jamais pensé à faire de la traduction à proprement parler. Je connaissais un peu la traduction, car j’ai été pendant cinq ans la traductrice officielle de l’anglais au français d’un site spécialiste de Harry Potter, et que j’ai signé la traduction en anglais de mon roman Les petites reines. Et puis, comme je connaissais bien l’œuvre de Sarah, et que j’avais moi-même fait un roman en vers, le projet me paraissait faire sens. Au final, malgré l'appréhension, je suis rentré assez facilement dans la traduction.

 

Hachette.fr : Comment traduit-on un roman en vers ?

Clémentine Beauvais : La difficulté, pour un roman en vers, est de jouer entre le sens littéral et le ressenti. Pour ça, il faut parfois s’éloigner du sens premier, se demander ce que le texte veut transmettre, et qui ne fonctionnerait pas avec les mots exacts de la traduction. Surtout que Sarah écrit de manière très minimaliste, avec un style très léger. C’est complètement possible en anglais grâce à la langue anglaise, qui a moins de structure grammaticale. En Français, on ne peut pas dire les mêmes choses en si peu de mots, car il y a un plus grand foisonnement lexical. Il faut alors jongler avec les contraintes de sons et de rythmes, et c’était un véritable challenge de devoir négocier entre légèreté et fidélité envers l’œuvre. Mais j’ai beaucoup aimé l’exercice, et je suis d’ailleurs en train de finir la traduction du tout premier roman en vers libre de Sarah Crossan, The Weight of Water, qui paraîtra sous le titre de Swimming-Pool aux éditions Rageot. C’est un roman très sensible, et très touchant, et je suis très contente d’avoir pu m’y impliquer.

 

Hachette.fr : Vous étiez invitée du salon du livre Jeunesse pour parler du vers libre, aux côtés de Sarah Crossan. Qu’est-ce qui vous attire dans cette forme précise d’écriture, que vous avez déjà vous-même explorée ?

J’y suis venu avec un projet en particulier. Je n’avais jamais espéré écrire un roman en vers, mais j’avais cette histoire en tête, que je voulais écrire. Je me suis rendu compte, presque par accident, qu’en envisageant les vers libres, j’arriverais à faire quelque chose de plus convaincant. Mais c’était vraiment un projet inspiré par un roman lui-même en vers, et je ne me verrais pas refaire un tel livre si cela ne fait pas sens dans le projet. Il faut vraiment qu’il y ait quelque chose qui motive cela organiquement. Il y a des auteurs qui n’ont pas ce genre de soucis, comme Sarah qui utilise les vers de manière assez naturelle, même si elle écrit également en prose. Plus généralement, il y a une tendance au roman en vers pour aborder des sujets historiques, comme ceux de Jacqueline Woodson sur l’histoire des Afro-américains. Il y a tout un tas de romans qui parlent de l’histoire en vers, car cela donne une facilité de lecture plus importante. Ça peut paraître bizarre, car ça semble très élitiste, et pourtant les ados adorent ça. Et d’ailleurs, la plupart des gens qui aiment et utilisent la poésie sont des adolescents. Qui lit à l’âge adulte de la poésie ? Pas grand monde. Alors que chez les adolescents, c’est une pratique très importante.

 

Hachette.fr : Vous publiez également en anglais, et habitez de l’autre côté de la Manche. Vos œuvres françaises et anglaises ont-elles la même personnalité ? 

Clémentine Beauvais : Non, mes livres sont vraiment très différents en français et en anglais. Mais, bien plus que pour la langue en elle-même, je dirais que les histoires ne me viennent pas de la même manière. Déjà, l’une est ma langue maternelle, et l’autre pas du tout, puisque j'ai appris l'anglais à partir de l’école seulement. Et du coup, il y aura toujours une petite barrière, comme la poésie. Je ne me verrais pas en faire en anglais. L’autre raison, c’est que mes livres anglais sont nourris par la littérature jeunesse anglo-saxonne, et je pense que cela se sent. Bibi Scott, qui est sorti chez Rageot, mais qui est une traduction, transpire de cette influence, qui n’est pas aussi présente dans mes livres français. Eux seront plus nourris par une influence plus française, plus large. C’est pour ça qu’il est si dur de traduire mse livres moi-même, et que je préfère laisser cette tâche à un traducteur.

 

Hachette.fr : À côté de l’écriture, vous êtes enseignante-chercheuse en sociologie et en philosophie de l’enfance. Quelle part de ce travail se retrouve dans vos livres ?

Clémentine Beauvais : J’ai longtemps gardé ces deux activités très séparées, mais elles s’entremêlent de plus en plus. Ça vient un peu du fait qu’aujourd’hui, je suis invitée à m’exprimer en tant que en enseignante-chercheuse-auteur. Et puis, dans l'enseignement, j’ai lancé un module en écriture créative jeunesse avec mes étudiants, et mon projet de recherche actuelle traite de la traduction en littérature jeunesse. Ça enrichit énormément, notamment dans le travail de recherche. Avoir une expérience de première main peut aider, face à l’approche très théorique que j’ai longtemps eue moi-même. Cela rend aussi plus au courant des tendances actuelles.


Hachette.fr : Vous êtes une auteure très prolixe. Vous reste-t-il des livres que vous souhaitez écrire ?

Clémentine Beauvais : Là, j’ai commencé un roman qui se passe sur un campus en Grande-Bretagne, nourri par tous les exemples que j’ai moi-même vus et vécus ici. J’aimerais que ça parle de la vie étudiante, dans enjeux de la génération des étudiants.

 

Y. Cz.

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