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13 Janvier 2015

Kate Atkinson : living / no living

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Kate Atkinson : living / no living

La grande romancière britannique Kate Atkinson revient avec Une vie après l’autre (Grasset) où les mille et une morts et résurrections qu’elle offre à son héroïne sont autant de prétextes à affoler la machine du récit.

Kate Atkinson en un clin d'oeil :

Lauréate du prix Whitbread Book of the Year avec son premier roman Dans les coulisses du musée, Kate Atkinson est devenue depuis une auteur de renommée internationale. Ses quatre best-sellers les plus récents ont pour héros l’ex-détective privé Jackson Brodie. Elle a reçu le titre honorifique de Member of the Order of the British Empire en 2011. Une vie après l’autre a été récompensé en 2013 par le prix Costa (anciennement Whitbread Book Award). Lire la biographie deKate Atkinson. 

 

Pourquoi on aime Une vie après l’autre :

 

Avec Une vie après l’autre (Grasset), Kate Atkinson réussit encore la prouesse de s’infiltrer dans les coulisses du temps et de l’histoire tout en rendant un hommage trépidant au genre romanesque. Renouant avec l’ingénieuse et émouvante beauté de son chef-d’œuvre Dans les coulisses du musée (1996), elle prend un plaisir fou à malaxer le récit, à le lancer dans toutes les directions. Pour cela elle s’est allouée les services d’Ursula Todd, une héroïne pas comme les autres que l’on verra naître et mourir des dizaines de fois au cours des quelque 500 pages qui la portent, la ballottent ou la rudoient. 

 

Round 1 : Ursula naît, donc, le 11 février 1910 dans une campagne en proie à la plus grande tempête de neige que l’Angleterre ait connue et le médecin n’arrive pas à temps pour dégager le bébé du cordon ombilical qui l’étrangle. Grande faucheuse : 1 - Ursula : 0. Nul tour de passe-passe. Seule la magie de l’écriture permet de remonter le temps et de rejouer la partie. Round 2 : 11 février 1910. Le médecin est là malgré la neige et Ursula survit. Ce n’est qu’à quatre ans que la mort la rattrape dans les flots agités d’une plage de Cornouailles où elle se noie avec sa sœur. Round 3 : Pas de problème obstétrique. Sur la plage, un gentil peintre du dimanche sauve les fillettes. Cette fois, c’est à cinq ans qu’Ursula perdra la vie en s’aventurant sur les tuiles glissantes du toit où son idiot de grand frère a balancé sa poupée. On l’aura compris, plus le récit avance, plus le combat contre les ténèbres s’équilibre. L’insatiable plume d’Atkinson fauche cette jeune victime chapitre après chapitre sur le mode du "game over". Mais "ça commence à bien faire" semble se dire la petite à chaque nouvelle chance que lui donne la romancière. Si l’on ignore d’abord qui est cette Ursula dont la vie nous échappe littéralement dans les premières pages saccadées, se dessinent ensuite un ou plusieurs portraits possibles de l’héroïne selon la manière dont elle parvient à conjurer le sort. Plus elle vit, plus Ursula semble avoir cent ans dans les pattes et la prescience des choses, parvient à éviter le danger grâce à des sensations de "déjà-vu", à orienter le cours de son destin et, partant, celui des autres. Jeune fille inquiète, en proie à de sombres pressentiments voire des réminiscences de ses vies futures, on la verra s’engager sur des sentiers multiples dans ce perpétuel jeu à la vie à la mort. Car on peut en vivre des joies et des peines entre l’Angleterre et l’Allemagne des années 10 aux années 60, jusqu’à, peut-être, infléchir le cours de la grande histoire (on sait dès le prologue qu’Ursula finira par abattre Hitler avant qu’il ne devienne chancelier du IIIe Reich).  

 

Kate Atkinson excelle dans le raccourci narratif et le jeu des récits enchâssés. Par on ne sait quel miracle elle ménage un suspens et une émotion très forts en fouillant toujours la même histoire et les mêmes personnages. Ce procédé enchanteur permet aussi de déployer une vaste chronique familiale et magique entre Mary Poppins, la Comtesse de Ségur et Lewis Caroll (grande maison de campagne, cuisinière et chiens) avant de nous faire vivre avec Ursula rien moins que quatre ou cinq fois la bataille d’Angleterre et d’être témoin de la montée du nazisme. Derrière cette construction ludique à la Smoking/No Smoking ou Un jour sans fin, Kate Atkinson utilise la figure du palimpseste comme image de nos vies. Un roman virtuose et tourbillonnant sur notre mélancolie et la folie du monde. 

 

La page à corner :

 

En grandissant (donc en déjouant les coups du sort), la petite Ursula fait preuve d’un caractère étrange d’après sa mère qui l’envoie consulter un psychiatre : «"Je veux juste que tu sois heureuse, ma chérie, dit Sylvie après avoir pris rendez-vous avec le Dr Kellet. – Parce que je ne le suis pas ? fit Ursula perplexe.  – A ton avis ?" Ursula ne savait pas. Elle n’était pas sûre d’avoir une aune à laquelle mesurer bonheur ou malheur. Elle avait d’obscurs souvenirs d’exultation, de chutes dans l’obscurité, mais ils appartenaient au monde des ombres et des rêves toujours présent et cependant presque impossible à définir avec précision."Comme s’il y avait un autre monde ? fit le Dr Kellet. – Oui. Mais c’est aussi celui-ci."», p. 134. 

 

"Une vie après l’autre" dans la presse :

 

"Il faut un sacré talent pour happer le lecteur en recommençant plusieurs fois la même histoire. Il faut surtout un sens de la comédie et de l’acrobatie romanesque pour nous piéger en traversant les miroirs", C.F , Lire.

 

"Kate Atkinson a écrit un roman extrêmement ludique dans lequel, conteuse surdouée, elle se refuse à faire aucun choix : sous couvert de réfléchir au Temps et à la Mémoire, elle s’accorde une liberté totale, ne renonce définitivement à aucun personnage, à aucun possible", Christophe Mercier, Le Figaro littéraire.

 

"On aurait peine à dire ce qui frappe le plus dans ce roman aussi complexe que fascinant. Son élégance toute anglaise. Sa mélancolie. Son humour. Ses dialogues éclatants. Ses scènes mémorables", Livres Hebdo.  

 

 

Noémie Sudre

Dans les coulisses du musée
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Paru le : 
23 Septembre 1998

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