Rithy Panh et Christophe Bataille en un clin d’œil
Cinéaste reconnu dans le monde entier pour son travail documentaire sur les Khmers rouges, Rithy Panh a réalisé de nombreux films qui ont fait date, dont S21 – la machine de mort khmère rouge, L’Image manquante, récompensé au Festival de Cannes en 2013 et Rendez-vous avec Pol Pot en 2024. Avec Christophe Bataille, il a co-écrit notamment L’élimination et de La paix avec les morts, parus chez Grasset, au Livre de Poche et chez Audiolib pour le premier.
Christophe Bataille est écrivain et éditeur. Il est l’auteur de nombreux romans et collabore depuis de nombreuses années avec Rithy Panh dans l’écriture de livres dont L’Élimination et La Paix avec les morts. Son écriture accompagne et prolonge le travail mémoriel du cinéaste, en explorant la langue comme un lieu de résistance face à l’oubli.
Le dernier livre de Rithy Panh et de Christophe Bataille Quartier des fantômes est sorti chez Grasset en janvier 2026.
Pourquoi on aime Quartier des fantômes
Un retour au cœur de l’abîme
Dans Quartier des fantômes, Rithy Panh retourne à S-21, l’ancien lycée de Phnom Penh transformé en centre de détention, de torture et d’extermination entre 1975 et 1979 par le régime khmer rouge. Il s’y rend cette fois sans caméra, mais aux côtés de Christophe Bataille qui l’accompagne avec son regard et son écriture. Le livre prend la forme d’un parcours à travers les bâtiments, les archives, les graffitis laissés par les prisonniers, et les souvenirs des victimes, comme autant de fantômes qui ne cessent de hanter le lieu et l’Histoire.
Loin des descriptions factuelles, le texte plonge le lecteur dans une atmosphère de silence et de présence. Ce retour sur le lieu du crime est à la fois un acte de mémoire et un face-à-face avec l’indicible, malgré le temps qui passe et les cinquante ans écoulés depuis le régime khmer rouge et les horreurs perpétrées à S-21 ou Tuol Sleng. Quartier des fantômes est un texte qui ne se contente pas de raconter, mais qui veut faire entendre parfois même à travers les silences et les images manquantes ou mensongères. Le livre propose une réflexion sur la mémoire, l’écriture de l’histoire et sa fabrique et pose la question de la mémoire et de l’oubli, des traces et des effacements.
Un prolongement essentiel du travail de Rithy Panh, entre littérature et cinéma
Ce livre s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Rithy Panh consacrée aux Khmers rouges. Avec la même exigence que dans ses livres et films précédents, il tente inlassablement d’interroger l’intention génocidaire, d’en explorer les traces visibles ou invisibles, intentionnelles ou non. Le livre revêt une forme singulière, fragmentaire, méditative, presque cinématographique. Les mots fonctionnent comme des plans, des silences, des arrêts sur image. Quartier des fantômes ne cherche ni l’effet ni le spectaculaire, le livre avance à pas lents, au plus près de ce que le langage peut encore porter.
Un livre sur la mémoire et la transmission
Quartier des fantômes pose une question centrale : comment transmettre l’histoire quand les images et les archives ne suffisent plus ? À travers les figures du peintre Vann Nath, de la jeune Bophana, ou à travers les traces anonymes laissées sur les murs de S-21, le livre réfléchit à la responsabilité de dire, d’écrire et de regarder.
Quartier des fantômes est un texte bref, exigeant et profondément humain, un livre à lire pour comprendre non seulement ce qui s’est passé, mais qui rappelle aussi que la mémoire est un combat.
Les pages à corner
« C’est vrai, je reviens dans ce lieu. Je n’ai pas de caméra, et je n’ai pas de coupe-coupe.
Christophe tient son carnet. Je pense aux premières années, quand autour du camp les routes étaient en terre, les fossés pleins de boue et de déjections. Tout un quartier de maisons en bois, avec des traces de sang, des anneaux de métal. Je venais presque chaque jour. C’est ma méthode : rester, demander une fois, mille. Ne jamais cesser de questionner, sans fascination. Parfois avec douceur, et parfois j’ai crié face aux mensonges des bourreaux.
Je demandais aux voisins de baisser le son de leurs télévisions pendant le tournage.
C’était il y a vingt-cinq ans. Et les gens autour me disaient : Oui, on sait, on vous entend, c’est bien…
Peut-être qu’ici, la parole se déploie et s’affirme, en lutte contre quatre années de sang.
Je reviens pour un rendez-vous avec les âmes. Il y eut des gens courageux, même dans la douleur et la mort.
Pendant quatre ans, Duch organise le mensonge – un mensonge infiniment répété. Il n’est pas l’ami du peuple, mais l’ordonnateur des récits. Comme l’écrit Alain Badiou (Vingt-quatre notes sur les usages du mot « peuple », 2013) : « “Peuple” est donc une catégorie politique, soit en amont de l’existence d’un État désiré dont une puissance interdit l’existence, soit en aval d’un État installé dont un nouveau peuple, à la fois intérieur et extérieur au peuple officiel, exige le dépérissement. » Je m’arrête au « nouveau peuple », expression si rare, qui fut au Cambodge les classes « bourgeoises » exterminées par les Khmers rouges.
Et toujours : le dépérissement. Périr, toujours. Plus loin : “Peuple” est un mot qui prend toute sa valeur, soit sous les espèces, transitoires, de la guerre de libération nationale, soit sous celles, définitives, des politiques communistes.» Restent donc les seules politiques communistes. »
p. 69-70
Dans la presse
« Quartier des fantômes », de Rithy Panh et Christophe Bataille : nécessaire retour au centre de torture S21
Le cinéaste cambodgien arpente à nouveau la mémoire du régime khmer rouge, pour résister au silence.
Une « lumière fossile » émane du centre S21, chargée des douleurs du passé. Invisible, elle s’imprime sur la rétine avec la force de l’évidence. Aujourd’hui, certaines nuits, on croit entendre des grincements métalliques. Ce sont les échos d’un temps distendu.
Louri Chrétienne de Penanros, Le Monde
«Quartier des fantômes» : retour à S-21, la «coopérative de la tuerie» au Cambodge
Rithy Panh et Christophe Bataille collectent dans le centre de torture des Khmers rouges des traces pour saluer la mémoire de ceux qui ont résisté.
Revenir souvent. Méditer parfois. Observer encore. Ecouter sans cesse. Rithy Panh devait retourner à S-21, ce lycée dans Phnom Penh reconverti en centre de détention, de torture et de mort durant le régime des Khmers rouges (1975-1979). Une «coopérative de la tuerie», comment il l’écrit avec Christophe Bataille dans un récit immersif au cœur de la nuit et du rappel du grand massacre. Un texte moins sombre qu’il n’y paraît, qui se lit comme un livret de survie face à l’effacement, un registre de vigie en hommage aux âmes blessées et aux compagnons de souffrance.
Arnaud Vallerin, Libération
“Quartier des fantômes” de Rithy Panh et Christophe Bataille : l’impossibilité d’en finir avec un génocide
Le cinéaste Rithy Panh retourne sur les lieux du tournage de son film “S21 – La machine de mort khmère rouge”, une ancienne école devenue centre de détention et de torture, aujourd’hui transformée en musée.
Sylvie Tanette, Inrocks
Rithy Panh et Christophe Bataille sur les traces des Khmers rouges dans «Quartier des fantômes»
Film après film, livre après livre, le cinéaste Rithy Panh tente de comprendre l’innommable : le génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge. Entre 1975 et 1979, 2 millions de personnes y furent déportées, affamées, torturées et exterminées. Dans « Quartier des fantômes », écrit avec Christophe Bataille, Rithy Panh raconte son retour au centre S21 à Phnom Penh, une école transformée en camp de la mort dans un système qui détruisait consciencieusement les êtres humains.
Chantal Lorho, Marjorie Bertin, Aurélie Bazzara, RFI
« Gare à la mémoire ! » : le réalisateur Rithy Panh raconte l'enfer du régime khmer rouge
Dans « Quartier des fantômes », Rithy Panh revisite le camp S21, témoin du régime Khmer rouge, pour tenter de saisir l’horreur, écouter les voix des disparus et réfléchir à la mémoire et à l’oubli.
C’est un livre bref et dense, dont on ressort hanté. Un récit où il faut se frayer un passage entre les images, au cœur de la machine de mort. Dans « Quartier des fantômes », l’écrivain et cinéaste cambodgien Rithy Panh revient avec son coauteur, Christophe Bataille, au camp S21, école de Phnom Penh ( Cambodge) transformée en centre de détention par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.
Marion Ruggieri, Elle
Dans l’enfer khmer rouge : comment le réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh a survécu à l’extermination
Réalisateur franco-cambodgien, Rithy Panh porte en lui les cicatrices d’un passé qu’aucune œuvre ne pourra effacer. Dans « L’Élimination », publié aux éditions Grasset, en 2011, il revient sur son histoire, entremêlant souvenirs personnels et un face-à-face glaçant avec Duch, l’un des bourreaux du régime khmer rouge.
Lorsque Pol Pot, de son vrai nom Saloth Sâr, prend le pouvoir dans les années 1970, il instaure au Cambodge un régime totalitaire, rêvant d’une société communiste uniforme. Issu d’une famille aisée et intellectuelle, Rithy Panh devient, aux yeux du régime, un « oppresseur » à rééduquer. Les Khmers rouges ne font pas de distinction d’âge : ses neveux, âgés de 3, 5 et 7 ans, subissent le même sort. Pendant que des adolescents de 15 ans tiennent les armes, 40 % de la population bourgeoise est déportée vers les campagnes. Uniformes noirs obligatoires, cheveux coupés identiquement, noms changés : tout est pensé pour déraciner, briser les familles, anéantir les traditions et effacer l’individu.
Franck Ferrand, Radio Classique
Lucile Charlemagne

