Claire Léost en un clin d'oeil :
Née en 1976, Claire Léost est l'autrice d'un essai et de trois romans, dont Le Passage de l'été, paru aux éditons JC Lattès en 2021 et récompensé du Prix Bretagne. Elle fait partie de la rentrée littéraire d'hiver des éditions JC Lattès avec son nouveau roman, J'écrirai votre histoire.
Pourquoi on aime J'écrirai votre histoire :
Olga Zulawski est biographe hospitalière : elle propose aux malades d'écrire le livre de leur vie. Les ouvrages sont ensuite remis, après leur mort, à leurs proches. Fraîchement arrivée à l'hôpital de Fontainebleau, Olga doit affronter le scepticisme de son chef de service, le Dr Frédéric Grangier. Celui-ci doit pourtant bien vite se rendre à l'évidence : la présence d'Olga auprès des patients fait des miracles.
À travers le portrait d'Olga et de son métier encore méconnu, Claire Léost dresse dans J'écrirai votre histoire une magnifique galerie de personnages. En nous menant à la rencontre de patients en fin de vie, aux parcours et aux âges divers, l'autrice signe un récit bouleversant et intime, porté par une luminosité sans faille. Si elle ne peut pas les sauver de la mort qui les attend, Olga leur offre un trésor inestimable : mourir dans la dignité. En les écoutant et en écrivant leur histoire, la biographe, à défaut de pouvoir ajouter des jours à la vie, "ajoute de la vie aux jours".
J'écrirai votre histoire nous offre un regard juste sur un milieu hospitalier qui doit sans cesse s'adapter à des manques de moyens, aussi matériels qu'humains, au détriment des patients et de leur entourage. En mettant en lumière la profession d'Olga, Claire Léost révèle l'humanité qui règne au sein des hôpitaux et nous prouve que rien n'est plus grand que le pouvoir des mots.
La page à corner :
"- Je vous présente Olga Zulawski, qui rejoint le service, envoyée par le ministère.
Frédéric savoure sa victoire. Enfin, les décideurs de l'avenue de Ségur l'ont écouté, enfin on lui envoie un médecin. Sa bonne étoile est revenue. Il regarde cette femme menue au regard décidé et sent qu'il l'aime déjà. Olga Zulawski, comme ce nom sonne doux à ces oreilles.
Walter, sosie du père Noël, bien calé au fond de son fauteuil, attend son tour. Le vieil homme ménage ses silences et prend la parole d'une voix lente, en détachant chaque mot :
- Cher confrère, tu es le meilleur d'entre nous. Tu sais comme moi que la plupart des traitements proposés ici sont voués à l'échec. Une énième chimio pour l'un, un protocole expérimental pour l'autre, nous vendons de l'espoir, comme le prêtre ou le dealer, mais au fond nous n'y croyons pas.
Frédéric reste silencieux, méfiant, il sait que Walter ne fait jamais de compliment gratuitement.
- Je teste dans mon service un nouveau protocole : la biographie hospitalière. Nous proposons aux malades d'écrire le livre de leur vie, aidés par un biographe qui, après leur mort, le remet à leurs proches. Les biographes passent comme nous leurs journées auprès de malades en fin de vie, mais, au lieu d'une blouse blanche et d'un stéthoscope autour du cou, ils ont des stylos et des carnets.
Frédéric sent la rage comprimer son plexus, une chaleur monter dans sa poitrine, il suffoque.
- Ce n'est pas exactement ce que j'attendais, mais je vous en prie, continuez.
- Je m'en doute bien, mais laisse-moi te convaincre. En hébreu on utilise le même mot pour être malade et tourner en rond : choliy. Nous l'observons chaque jour, ils sont piégés. Établir le récit de leur existence leur permet d'ouvrir une fenêtre vers la vie, de s'échapper de la maladie, des traitements, des soins. Les résultats sont spectaculaires." (p. 33 - 34)
Dans la presse :
"Que faisaient les médecins depuis ces temps immémoriaux où la médecine n'existait pas ? Leur tâche était d'écouter, de comprendre, d'accompagner. Ce sont ces rôles essentiels que la médecine moderne, avec ses prouesses techniques, abandonne ou néglige. C'est cette fonction en déshérence qu'Olga remplit en s'asseyant auprès des patients et en leur faisant dévider leur récit. Grâce à elle, la vie se prolonge au moment de s'achever."
Jean-Christophe Rufin, La Tribune
[...] Claire Léost dévoile aussi un métier, peu connu et pourtant à la lire indispensable, tout en soulignant le dévouement et l'énergie du personnel soignant. Elle signe ici un roman profondément humain, apaisant, poignant où les mots parviennent, ne serait-ce qu'un instant, à panser les maux.
Corinne Abjean, Le Télégramme

