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13 Octobre 2015

Ian Manook : "Yeruldelgger est une allégorie de la Mongolie"

 Ian Manook : "Yeruldelgger est une allégorie de la Mongolie"

Tout juste lauréat du Prix Audiolib 2015 aux côtés du comédien Martin Spinhayer, l’auteur français du polar multiprimé Yeruldelgger (Albin Michel / Livre de Poche / Audiolib), Ian Manook, a confié à MyBOOX ses premières impressions quant à cette nouvelle récompense et répondu à nos questions sur ce thriller palpitant (et future trilogie) qui nous emmène entre les steppes mongoles et les bas-fonds d'Oulan-Bator. 

MyBOOX : Vous avez déjà obtenu de nombreux prix remis par des jurys de lecteurs pour Yeruldelgger. C’est encore le cas avec le Prix Audiolib : qu’est ce que cela représente pour vous ?

 

Ian Manook : Pour moi c’est un vrai plaisir. C’est le seizième prix des lecteurs pour ce bouquin. C’est un plaisir absolu. C’est exactement pour ça qu’on écrit. On est content quand on est reconnu par ses pairs – je n’ai même pas la légitimité de dire pairs parce que c’est mon deuxième bouquin – mais les lecteurs et les libraires, c’est vraiment la meilleure reconnaissance.

 

Que pensez-vous de la version de Yeruldelgger lue par Martin Spinhayer ?

 

C’est très étrange parce que la première fois que j’ai entendu mon texte lu par quelqu’un je ne l’ai pas reconnu. On a en soi une petite musique intérieure qui est à nous et du coup, ça m’est apparu comme un objet complètement extérieur, sidéral, un ovni. L’avantage des comédiens c’est qu’ils savent faire ce que nous ne savons pas faire, c’est à dire capter par l’émotion. Nous, on capte par des mots, qui forment un filtre. La voix c’est directement de l’émotion. Jai très vite été pris par sa voix, il a une voix magnifique. Mais ça reste pour moi un objet un petit peu étranger à ce que j’ai écrit. C’est presque une autre œuvre. C’est pour ça que je prends du plaisir à l’écouter, parce que je n’ai pas l’impression de me relire. C’est quelque chose de voisin, de parallèle, mais de différent.

 

Quelles dimensions particulières a-t-il apporté au personnage de Yeruldelgger selon vous ?

 

J’ai bien fait attention, dans Yeruldelgger, de ne jamais le décrire. Il n’y a aucune description du personnage dans tout le bouquin si ce n’est de ses mains et de la façon qu’il a de se malaxer le visage quand il est un peu dans l’embrouille. La voix c’est quelque chose de difficile à décrire même en s’appliquant. Une voix n’est pas seulement un niveau de décibels. J’ai écrit quelque chose cet après-midi et je ne trouvais pas autre chose pour la comparer que le son rauque et mélancolique d’un duduk arménien. Lui, il apporte ça directement. D’un coup Yeruldelgger prend une voix.

 

C’est votre premier roman publié. Quelles sont vos influences ?

 

Je n’ai aucune culture du polar, je me suis arrêté dans les années 80, quand j’ai lu Ludlum, Forsyth ou Le Carré, et encore c’est de l’espionnage. Je n’ai pas de formation, ni de culture, ni de format. Ça ne m’intéresse pas tellement, ce qui me plait c’est que l'éditeur ait mis "roman" sur la couverture. Que l’intrigue soit politcière ou thriller ou même sentimentale peu m’importe, c’est le côté romanesque qui me plait. 

 

Yeruldelgger se passe en Mongolie dans la steppe et à Oulan-Bator. Qu’avez-vous voulu rendre comme atmosphère du pays ?

 

Tout ce qui concerne la Mongolie dans le livre n’a pas été redocumenté dans le cadre de l’écriture. J’y ai voyagé en 2008, j’ai écrit le bouquin en 2012 et je ne me suis servi que de souvenirs de voyages. Je suis ensuite allé vérifier si tel ou tel souvenir était juste. Mais je n’ai pas voulu réurgiter un guide touristique ou géopolitique sur la Mongolie. J’ai juste voulu redistribuer mes sentiments, mes impressions de l’époque. Ce qui me pousserait à dire que Yeruldelgger est une allégorie de la Mongolie : un mec balaise, costaud, qui va aux bastons, qui n'a peur de rien, toujours "border line" et pas forcément dans la légalité et en même temps il est extrêmement fragile. C’est exactement ce que j’ai ressenti du pays. On a l’impression que c’est un pays inébranlable, tel qu'il est depuis des dizaines de siècles avec des traditions nomades, des gens imperturbables mais extrêmement fragile depuis cinq générations. Si je devais faire un pronostic, je pense que c’est un pays qui n’existera plus dans vingt ans tel qu’il est. Les dirigeants mongols, consciemment ou non, préparent la fin de la culture nomade parce que cela empêche un développement sur le modèle des pays émergents. Ils ne vont pas exterminer les nomades, mais seulement créer les conditions pour que le nomadisme ne puisse plus se perpétuer.

 

Est-ce uniquement lié à des conditions intérieures ou à la géopolitique locale ?

 

Un peu les deux. On pense toujours que le nomadisme c’est quelque chose de très bucolique, que les nomades sont des gens qui déambulent tranquillement dans des grandes plaines. Mais quelle que soit la région du monde, c’est une méthode de survie en milieu hostile. Sans milieu hostile, pas de nomadisme. Il y a des nomades dans les déserts, dans les forêts amazoniennes… Si le milieu change, les traditions tombent et si les traditions se perdent le milieu devient plus hostile. C’est ce qui est en train de se passer des deux côtés en Mongolie : d'un côté ils subissent des conditions climatiques et politiques qui font que le milieu change et leurs traditions ne sont plus adaptées ; et de l'autre, leurs traditions se perdant, ils résistent moins bien en milieu hostile. C’est ça qui les perd. Bien plus que de regarder Les Experts Miami avec une parabole. Cela n’a rien à voir... 

 

Il y aura d’autres aventures de Yeruldelgger…

 

Le deuxième est en librairie en broché depuis février 2015 (chez Albin Michel ndlr) et est prévu au Livre de Poche prochainement. Le troisième est écrit, il ne devrait paraître qu’en septembre 2016. Et normalement, j’ai tué Yeruldelgger… J’ai annoncé page 483 qu'il était mort. Mais le bouquin a 512 pages… Il est à présent entre les mains de l’éditeur. Dans ma tête, c’est la fin d’une trilogie. Pour l’instant... Je suis très content avec ça, c'est plus clair pour moi et le lecteur. C’est la fin de quelque choe. Comme vous pouvez le constater, je suis un vieux jeune auteur. Je n'ai pas trente ans de carrière devant moi donc je vais essayer beaucoup d’autres choses, d’autres genres. Ce qui est sûr, c’est que le quatrième que j’ai commencé à écrire est un polar. Dans la même veine que Yeruldelgger mais cela se passe complètement ailleurs. Ce sera probablement un polar tropical en Amazonie. En tout cas, le début commence là-bas. Comme j’écris sans plan, je ne sais pas très bien où ça va se terminer. Et puis après je vais essayer un peu de littérature blanche et d’autres choses.

 

Propos recueillis par Noémie Sudre

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