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22 Janvier 2016

"Parmi les dix milliers de choses" : touchante chronique d'une famille à la dérive

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"Parmi les dix milliers de choses" : touchante chronique d'une famille à la dérive
Parmi les dix milliers de choses
Dans la famille Shanley : Jack, charmeur impénitent, est un artiste reconnu ; Deb a renoncé quant à elle, avec une certaine allégresse, à une carrière de danseuse de ballet pour élever leurs deux enfants. Un appartement à Manhattan, une...
Paru le : 
13 Janvier 2016

Lorsqu’on fouille parmi les 476 romans de cette rentrée littéraire d’hiver, on déniche des pépites. Parmi les dix milliers de choses (Stock) en fait partie. Premier roman de Julia Pierpont, salué unanimement par la critique aux Etats-Unis et déjà en France, Parmi les dix milliers de choses raconte, avec une authenticité et une justesse saisissantes, la déconstruction progressive d’une famille new-yorkaise, bouleversée par l’adultère du père. 

Julia Pierpont en un clin d’œil

 

Julia Pierpont est diplômée de la New York University. Née à Manhattan, elle collabore au New Yorker. À 28 ans, Julia Pierpont fait une entrée remarquée sur la scène littéraire américaine avec son premier roman Parmi les dix milliers de choses, saluée par ses pairs et par une critique unanime.

 

Pourquoi on aime Parmi les dix milliers de choses ?

 

L’histoire est ordinaire : à New-York, un homme trompe sa femme puis délaisse sa maîtresse, qui décide de réagir en envoyant au domicile conjugal un courrier détaillant un an d’adultère. Cette petite bombe à retardement, qui tombera dans les mains des enfants du foyer,  aura pour effet de déconstruire, lentement, la vie de cette famille, d’en ébranler les liens, d’en perturber les trajectoires.

 

Si l’histoire est ordinaire,  le traitement qu’en fait Julia Pierpont, ne l’est pas. Elle tisse une histoire à quatre voix, où l’on épouse tour à tour les points de vue des quatre membres de la famille. Avec une facilité déconcertante, on passe d'un personnage à l'autre : on est une petite fille de 11 ans, qui accepte de ne pas tout comprendre, puis sa mère essayant de gérer sa propre douleur et celle de ses enfants, avant de devenir un adolescent de 15 ans, bourru, évidemment, mais sensible, bien sûr, et d’être même un père de famille qui laisse les choses lui échapper avant qu’il ne soit trop tard pour les rattraper. C’est bien le problème de cette histoire : il n’y a pas de méchant.

 

Chacun des personnages inventés par Julie Pierpont est incroyablement vivant, décrit avec une authenticité et une justesse étonnantes (comme le sont également les différents dialogues du roman). Chaque membre de la famille Shanley a ses préoccupations, ses envies, ses doutes et ses questions, et à eux quatre ils sont un puzzle insolvable, que sans doute on appelle la vie.

 

Parmi les dix milliers de choses n’est pas un roman triste ou dramatique. Si un drame se joue, il est silencieux, suggéré, et accompagné de petits bonheurs, d’ennui, de fatigue, d’humour, bref, de ce qui constitue la vie, le tout baignant dans une certaine mélancolie.

 

Le roman tient la promesse faite par son joli titre : vécue de l’intérieur, l’histoire des Shanley est tout ce qui compte, mais en prenant un peu de recul, elle est, bien sûr, anecdotique. Comme toutes les histoires. Les Shanley gravitent, comme toutes les autres familles, parmi les dix milliers de choses.

 


Cette prise de recul, c’est l’auteure elle-même qui l’opère, en interrompant son récit par une projection dans le temps, où l’on découvre en quelques pages, tout ce qui arrivera aux personnages dans les trente années à venir. Comme un rappel : n’oubliez pas que tout cela n’a pas vraiment d’importance. Brillant.

 

La page à corner

 

"Allongée sur son lit, elle écouta les bruits de sa famille.

La cuisinière qu’on allume. Des gains de riz qui dégringolent d’une boîte en carton. Une imprimante dans la chambre du fond. Et le carillon d’un texto, de l’autre côté du mur.

La fourchette de son père tintant contre son assiette dans le salon. Difficile d’attraper les miettes récalcitrantes. Sa mère, marchant jusqu’au frigo pour coincer une feuille de papier sous un aimant. Dans la chambre de Simon, de moins en moins d’amis à qui écrire. L’heure de se coucher.

Sa mère au téléphone avec Ommy.

Son père feuilletant un journal.

Son frère, parlant du bout des doigts, jusque tard dans la nuit.

Kay eut l’impression de ne pas avoir dormi, et il faisait jour. Dans la cuisine, sa mère était habillée, prête à partir, et Simon, assis sous un nuage noir.
Ils attendaient l’ascenseur, son père leur adressait le plus triste des au revoir depuis la porte, quand Kay lâcha sa valise à terre et demanda à rester.

Non. Elle ne fit rien de tel. Mais elle aurait pu.

La vie aurait pu prendre un autre tour, une des mille manières possibles de tout faire voler en éclats ; de donner naissance à une nouvelle branche, qui sait, ou même à un arbre – s’ils étaient restés, ou si Jack les avait accompagnés. S’ils n’étaient partis que le lendemain, la semaine suivante. Même si Kay avait pu parler et si Deb ne l’avait pas écoutée, ç’aurait signifié quelque chose. Mais, à l’image de sa mère, Kay avait besoin de temps pour prendre ses décisions. Elle ne se fiait jamais à son propre jugement, avait trop peur de se tromper.

Voilà pourquoi Kay resta figée dans le couloir avec sa valise. Valise qu’elle ne lâcha même pas dans le taxi assise sur la petite butte du milieu, flanquée de sa mère, ses billets électroniques imprimés sagement pliés sous le code-barres, et de son frère, renfrogné, tourné vers la vitre. Les vibrations de la radio emplissaient le silence, et pourtant Kay était toujours dans le couloir, en train de dire non, les cils mouillés de larmes, une veine battant au milieu du front, la robe retroussée par ses poings qu’elle serrait sur ses hanches. Elle avait l’impression que le taxi filait à toute allure vers downtown, mais dehors, tout semblait évoluer au ralenti. La voiture effectua un virage abrupt pour s’engager dans la Septième. A un carrefour, un homme traversa, son gobelet de café brandi telle une torche. Le chauffeur s’appelait Mamadou. Et Kay était toujours dans le couloir, son frère retenait les portes de l’ascenseur tandis qu’elle saisissait le visage de sa mère entre ses deux mains et lui disait, Ecoute-moi."

 

Parmi les dix milliers de choses : page 136

Parmi les dix milliers de choses vu par la presse

 

"Chaque phrase de ce livre sonne juste, tout en étant éminemment poétique et troublante. (…) Julia Pierpont fait preuve d’une véritable virtuosité psychologique et stylistique." Point de Vue

 

"À la fin, les Shanley sont devenus nos amis. On connaît leurs défauts. Leurs blessures nous touchent. Ils sont perdus, irrésistibles, amusants. On les adopte." Éric Neuhoff, Le Figaro Littéraire

 

"La force tranquille de son livre tient aussi beaucoup à l'originalité de sa narration à quatre voix, détournée à deux reprises par de fulgurantes échappées vers le futur. Deux projections dans le temps, qui remettent brutalement en perspective le drame existentiel vécu par la famille Shanley et donnent tout leur poids aux mots de l'auteure." Philippe Chevilley, Les Echos

 

Claire Sarfati

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