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13 Novembre 2013

Le New York des écrivains : un mythe vécu par procuration

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Le New York des écrivains : un mythe vécu par procuration

Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, New York occupe une place à part dans notre imaginaire. Si écrivains, cinéastes et musiciens se sont bousculés pour alimenter le mythe de la Grande Pomme, peu d’auteurs français s’y sont réellement intéressés. C’est cette injustice que vient réparer Le New York des écrivains (Stock), qui regroupe treize nouvelles de figures éminentes de la scène littéraire française actuelle.

Vincent Jaury en un clin d’œil :

Fondateur et directeur du magazine Transfuge, Vincent Jaury est passionné de littérature américaine. C’est la deuxième fois qu’il dirige un recueil de nouvelles. Lire la biographie de Vincent Jaury.

 

Pourquoi on aime "Le New York des écrivains" :

 

Du dernier album de Vampire Weekend – et sa fameuse pochette reprenant la photo Smog Covered Skyline (1966) de Neal Boenzi – au film Soleil Vert de Richard Fleischer. De Last Exit To Brooklyn d’Hubert Selby Jr aux hymnes toxiques du Velvet Underground. Ou bien de Philip Roth à Woody Allen. Les connexions vont bon train entres artistes américains du XXe et XXIe siècle qui ont su faire de New York une véritable machine à fantasmes. Sons, couleurs, odeurs… ce sont tous nos sens qui sont saturés par cette ville si familière dans notre imaginaire. Comment donc écrire sur New York en 2013 quand on est français ? C’est le pari qu’a lancé Vincent Jaury à treize écrivains français d’aujourd’hui, histoire de faire honneur à quelques précurseurs, parmi lesquels Paul Morand, Blaise Cendrars ou plus récemment Frédéric Beigbeder.

 

 

Le résultat ? Le New York des écrivains soit treize nouvelles, et autant de perceptions singulières d’une ville aussi bien réelle que fantasmée. Comme le précise Vincent Jaury en préambule "l’exercice est beau et périlleux". Et "quoi de plus stimulant, en effet, pour un écrivain que de s’affronter à un mythe ? Quel défi plus fort que de déjouer les clichés qui nous encombrent la tête ?" Ecrire des fictions sur d’autres fictions : la mise en abyme était inévitable. Elle donne lieu à de belles balades imaginaires. Comme dans Le grand entresort, la nouvelle d’Emmanuelle Bayamack-Tam, qui vogue de Coney Island à l'Upper West Side, en passant par Central Park et son tristement célèbre Dakota Building. Où se croisent les âmes de Karl Rossman, Rosemary Woodhouse, Holden Caulfield ou Travis Bickle.

 

 

S’approprier le mythe, c’est aussi le dézinguer. Comme le fait Chloé Delaume dans À North Brother Island, la cuisine est typique, lorsqu’elle fait part de son agacement face à la musicalité même du nom de "New York" : "Je n’ai jamais aimé le nom de cette ville. La brutale efficacité graphique de ces deux minuscules bâtonnets arrogants et rigides, leur ambition, le claquement du fouet. New York, New York, New York. Un concept, un slogan. (…) J’aimerais vraiment que Sinatra se la ferme." Egratigner le mythe, ou le contourner. Comme François Bégaudeau, dans A Summer Night at Gramercy Park, qui choisit de raconter la ville américaine depuis Paris, où l’on vit la légende par procuration. Michka Assayas, lui, raconte la Grande Pomme depuis ses souvenirs de jeune journaliste rock. 

 

 

Chacun des écrivains y va ainsi de sa propre variation sur le mythe de New York, donnant matière à réalimenter la machine à fantasmes. Jean Baudrillard disait : "Il faut entrer dans l’Amérique par la fiction." La fine fleur des auteurs réunis ici l’a pris au pied de la lettre, pour notre plus grand plaisir.

 

La page à corner :

 

"On a vu New York, lu New York, entendu New York, jusqu’à saturation. Et pourtant, c’est étonnant, rares sont les écrivains français qui s’y sont colletés. Certains la traverse, comme on traverserait n’importe qu’elle ville. Chateaubriand, dans son Voyage en Amérique, juge la ville joyeuse mais ne s’y appesantit pas. Cendrars en a fait un long poème, Les Pâques à New York, mais le héros de L’or n’y fait qu’étape, avant de partir pour la Californie. Céline, bien sûr, et sa ville debout dans Le Voyage au bout de la nuit. D’autres, peu nombreux, s’y attardent et lui consacrent un livre. Paul Morand écrit un chef-d’œuvre, New York. 1932. Visionnaire, seul, Morand a compris : New York s’émancipe pour devenir la devenir la plus grande ville du monde. Pendant ce temps-là, à Paris, on croit encore que tout se joue boulevard du Montparnasse. Morand se fait cartographe, et renouvelle le genre de la littérature de voyage. Aucun personnage, sinon New York étudié à la loupe, en plan large et en gros plan, n’apparaît dans ce livre." (pp. 10-11) 

 


Sébastien Jenvrin

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