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08 Février 2022

"Le duel des grands-mères" de Diadié Dembélé : un premier roman qui réinvente la langue

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"Le duel des grands-mères" de Diadié Dembélé : un premier roman qui réinvente la langue

Avec Le duel des grands-mères (JC Lattès), Diadié Dembélé signe un premier récit remarquable et bouleversant, porté par une langue pleine d'inventivité et de poésie.

Diadié DEMBÉLÉ EN UN CLIN D'OEIL :

Diadié Dembélé est né à Kodié, dans l'ouest du Mali. Diplomé du Master de création littéraire de l'université Paris VIII, il travaille en tant qu'interprète au sein d'une association d'aide aux migrants. Le duel des grands-mères, publié aux éditions JC Lattès, est son premier roman.

 

POURQUOI ON AIME Le duel des grands-mères :

Le jeune Hamet vit à Bamako. Parce qu'il fait l'école buissonnière pour lire, parce qu'il répond avec insolence et parce qu'il parle mieux français que les Français, il est envoyé loin de la capitale, dans le village où vivent ses deux grands-mères. Ses parents espèrent que, là-bas, leur fils apprendra l'obéissance, le respect des traditions et l'humilité. Hamet va alors découvrir la vie au village, ainsi que les secrets de sa famille. Ce faisant, il retourne à ses racines et grandit plus vite.

Puissant roman initiatique, Le duel des grands-mères est aussi remarquable par la langue qui l'habite. Avec une écriture "cash-cash-direct", Diadié Dembélé nous offre un récit poétique qui n'hésite pas à faire entendre du bambara et du soninké. Entre les pages de ce roman, se dessine toute une réflexion sur le langage et sa puissance évocatrice, sur l'écriture comme l'acte de "déposer sur la feuille les mots que [nous] dicte la petite voix qui hurle" (p. 13).

 

LA PAGE À CORNER : 

     Ces jours m'effraient. Ce vent m'agresse. Les cris des animaux m'agacent. Ce village me répugne. Lorsque j'étais à Bamakon j'habitais une grande maison. De l'autre côté de la rue, on pouvait apercevoir l'avenue des trente-mètres avec ses quincailleries, ses menuiseries, ses blanchisseries, ses papeteries, ses librairies, ses dibiteries, et ses boulangeries-pâtisseries. Mais ce village est un taudis. Lorsque je lève la tête, je ne vois rien d'autre que des toits en paille, des hangars et la grosse antenne parabolique du secteur des millions, le quartier des riches. Je marche dans une ruelle étroite. Il n'y a ni poteaux électriques ni lampadaires. Un tracé laisse ruisseler les eaux usées. C'est malpropre ! Je fais attention à ne pas salir mes chaussures. Une vieille dame jette des épluchures d'arachides par la fenêtre. Quelle manière ! Si je ne fais pas attention, quelqu'un va m'uriner dessus ou m'asperger de crachats. J'arrive sur une grande place. Au milieu, un grand tambour gît. À ma gauche, se trouve l'agora des vieux désoeuvrés. Et à ma droit une rangée de hangars de commerçants. Je contourne l'agora, pénètre dans la vieille ville, et arrive sur le marigot des cascades. Je dois quitter ce village. Je m'engouffre dans les hautes herbes.
     Ici personne ne comprend ce qui se passe dans ma tête. Je suis sûr qu'ils sont en train de se demander si je ne suis pas malade, à parler tout seul en bambara. Ils ne comprennent pas, ils ne savent pas ce que ça fait de n'avoir personne à qui parler dans la langue qui nous amuse, qui nous distrait, qui est la langue de nos meilleures amitiés et la langue de nos meilleurs souvenirs. Ils pensent que le soninké suffit comme langue pour tout faire et tout dire, puis se sentir bien en disant cela. Mais je ne peux pas parler de mon intérieur en soninké et me sentir bien après. Le bambara est la langue de mon coeur. 
     Peut-être que c'est mieux comme ça ! Le silence total et puis les soupirs ne peuvent pousser personne à me pointer du doigt. Si je continue à bouder, on va me laisser seul. Je comprends très bien ce qu'ils me veulent : que je commence à parler en soninké et qu'ils continuent à se moquer de mon accent. Mais je ne leur ferai jamais ce plaisir. Quoi qu'ils en fassent, je répondrai en français, comme ça, je les agacerai pour de bon.
      Je suis l'enfant seul au cordon ombilical cisaillé à l'épée, assoiffé de lait, pourtant la tête noyée dans le sein de sa grand-mère. Je ne sais pas si la lune est bleue ou grise, si les vagues de l'Atlantique veulent engloutir toute la côte ouest, affamées de terres à inonder ou si les forêts profondes du Sud-Ouest peuvent se révolter contre leurs terres d'assignation et envahir Bamako. Mais je veux être une fine goutte de mer, ou une fine herbe insignifiante, que personne ne surprendrait à exister ostentatoirement. 
(p.84-86)

 

DANS LA PRESSE :

Récit d'apprentissage drolatique et émouvant retour aux origines, Le duel des grands-mères, premier roman de Diadié Dembélé, tient par la langue inventive de son auteur.
Le Monde des Livres

C'est dans un immense champ de labour que nous plonge Diadié Dembélé, au sein d'un premier roman de pleine maîtrise.
L'Humanité

De ce très attachant et réussi Le duel des grands-mères, premier roman du Malien Diadié Dembélé, on ne dit que peu en révélant seulement l'histoire. Car celle-ci n'est que la parure de son objet principal, à savoir son écriture éblouissante.
Livres Hebdo

 

Shannon Humbert.

Le duel des grands-mères
Avis des lecteurs : 3/5 3 Donner un avis
Parce qu’il fait l’école buissonnière pour lire, manger des beignets et jouer aux billes, parce qu’il répond avec insolence, parce qu’il parle français mieux que les Français de France et qu’il commence à oublier sa langue...
Paru le : 
05 Janvier 2022

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