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04 Avril 2022

"La Fille de Deauville" de Vanessa Schneider : le roman de la traque d'Action Directe

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"La Fille de Deauville" de Vanessa Schneider : le roman de la traque d'Action Directe

Vanessa Schneider nous conte l'impossible révolution menée par Action directe, groupe terroriste français des années 1980. Entre traque et fugitivité, La Fille de Deauville (Grasset) nous plonge au coeur d'un impressionnant jeu du chat et de la souris qui se révèle sanglant.

Vanessa Schneider EN UN CLIN D'OEIL :

Vanessa Schneider est auteur et grand reporter au Monde. On lui doit en particulier Tu t’appelais Maria Schneider et, avec Georges Kiejman, L’homme qui voulait être aimé. Son nouveau roman, La Fille de Deauville, vient de paraître aux éditions Grasset.

 

POURQUOI ON AIME La fille de Deauville :

Braquages, attentats à la bombe, assassinats... Au nom de leurs idées politiques, des femmes et des hommes décident de mettre la France à feu et à sang. Ce groupe militant porte un nom : Action directe. Au lendemain des événements de mai 68, qui n'ont pas su faire éclore le Grand Soir, Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon choisissent la voie de la clandestinité pour, enfin, mettre un terme à une société capitaliste qui les répugne.

Parmi celles et ceux qui rejoignent leurs rangs, se trouve Joëlle Aubron. Si la jeune femme aux yeux d'or vient d'un milieu bourgeois, elle est nostalgique d'un mai 68 qu'elle n'a jamais connu et qu'elle fantasme ardemment. En faisant ses preuves auprès d'un Jean-Marc fasciné par elle, qui la hait autant qu'il s'y attache, Joëlle parvient à se faire une place prédominante au sein d'Action directe - et deviendra même l'une de ses deux meurtrières.

Parce que les exactions d'Action directe ne peuvent rester impunies, la police est à ses trousses. Le méthodique et taciturne Luigi Pareno y consacre toute son énergie, donnant au roman une dimension supplémentaire, qui confine alors à la littérature du polar. La Fille de Deauville, nom donné par la police à une Joëlle Aubron encore non identifiée, nous emmène au coeur du groupe terroriste et de la France d'alors.

 

LA PAGE À CORNER : 

     Joëlle aurait aimé naître quelques années plus tôt, avoir 20 ans en mai 68 et monter sur les barricades, traîner ses baskets dans les usines occupées, tracter dans les amphis, se frotter avec la flicaille le soir venu. Elle avait le sentiment rageant d'être arrivée trop tard. Les aînés avaient vécu le meilleur, l'époque de tous les possibles : faire la révolution, mettre à bas l'État tortionnaire, donner le pouvoir au peuple. Puis ils s'étaient lassés sans voir que tout était à portée de main, qu'il s'en serait fallu d'un rien pour renverser les nervis impérialistes. Les trotskos, les maos, les gauchos de toutes obédiences avaient baissé les bras. Ils avaient volé les rêves des ouvriers, trahi la confiance des pauvres. Ils s'étaient fatigués avant même d'avoir véritablement commencé à agir. Ils pactisaient avec la social-démocratie, ils entraient dans les lieux de pouvoir comme des rats affamés, monnayaient leur diplômes et leur habileté à établir stratégies et tactiques contre des emplois sûrs et grassement rémunérés. Ils prenaient des salaires en échange d'un retour au calme et à l'ordre. Ils avaient déserté les luttes, on ne les voyait plus aux côtés des opprimés, des immigrés et des proscrits, dans les squats et les taudis, pas davantage aux portes des usines. On les retrouvait occupant les hauts postes à l'université, à la tête des journaux et même dans les grands groupes industriels. Ils faisaient de l'argent quand eux apprenaient à se servir d'un fusil d'assaut.
     Leur indécence lui donnait envie de gerber. Ils s'étaient révélés pires que ceux qu'ils avaient combattus, plus cyniques que les bourgeois contre lesquels ils avaient prétendu se dresser, car au moins, du côté des milices d'État, on ne jouait pas à faire semblant. Joëlle était convaincue que si elle était arrivée plus tôt dans la lutte, si des gens comme elle, prêts à tout, avaient été là, ils auraient pu empêcher cette dérive, la funeste déréliction, la lâcheté collective des chefs de 68.
(p. 36-37)

 

DANS LA PRESSE :

[...] Schneider nous raconte une histoire collective. Elle place les revendications d'Action directe dans une chronologie, un contexte politique. Et ne traite pas de lutte armée comme un fait extraordinaire mais comme un épisode faisant partie intégrante de l'histoire française et européenne.
Les Inrockuptibles

On lit ce récit comme un véritable polar. Malgré le fait que l'on connaisse à peu près tous les tenants et aboutissants de cette affaire, on replonge avec curiosité dans le passé pour se souvenir de ces années de plomb à la française. Sans nostalgie ni fascination aucune, avec juste ce qu'il faut de romanesque, Vanessa Schneider nous offre un récit captivant sur une époque très violente où l'on tuait sauvagement pour des idées politiques et non pas pour des idées religieuses comme c'est le cas aujourd'hui.
Benzine

Clap de fin sur une épopée sanglante ou le destin d'un groupe qui voulait renverser le système politique en place.
La Dépêche

 

 

Shannon Humbert.

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