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14 Avril 2016

Jesse Eisenberg : la dorade lui donne du talent

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Jesse Eisenberg : la dorade lui donne du talent
La dorade me donne le hoquet
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Un garçon de neuf ans qui écrit des critiques gastronomiques, une étudiante obsédée par le génocide bosniaque qui s’immisce dans la vie amoureuse de son jeune frère, un adepte de la théorie des genres qui tente de séduire une...
Paru le : 
06 Avril 2016

L’acteur Jesse Eisenberg prend la plume et publie un recueil de nouvelles : La dorade me donne le hoquet (JC Lattès). Chroniques désopilantes d’un monde qui ne l’est pas moins.

Jesse Eisenberg en un clin d’œil

A-t-on besoin de présenter Jesse Eisenberg ? Né en 1983, l’acteur américain est connu notamment pour son interprétation de Mark Zuckerberg dans The Social Network ou encore pour ses rôles dans Insaisissables ou To Rome with love de Woody Allen. Ce qu’on sait moins c’est qu’il est également dramaturge et collabore régulièrement à plusieurs magazines. La dorade me donne le hoquet est son premier recueil de nouvelles.

Pourquoi on aime La dorade me donne le hoquet ?

Un petit garçon qui, contraint d’accompagner sa mère lors de ses sorties, décide d’attribuer une note à tous les restaurants qu’il côtoie, une jeune femme qui tente de résoudre les relations amoureuses de son frère en les comparant au cas de la Bosnie, les dernières discussions des habitants de Pompéi, les plaintes d’une étudiante dont la colocataire a volé les nouilles (celles au poulet !), la tentative de drague d’un type sous acides, une mère trop bavarde lors d’un ballet, un indien d’Amérique qui ne veut pas danser, des blagues marxistes, etc. : voilà le genre de pépites tout droit sorties du cerveau – il faut le dire, un peu torturé – de Jesse Eisenberg, et rassemblées dans son recueil de chroniques : La dorade me donne le hoquet.

 

Jesse Eisenberg invente des personnages curieux, qui savent être attachants autant qu’ils sont sociopathes, des situations grotesques dont on veut absolument connaître l’issue. Mises bout à bout, toutes ces histoires farfelues – qui ont en commun un ton pince-sans-rire irrésistible – font une chronique jouissive et au final plutôt réaliste de notre monde et de ses aspérités. Jesse Eisenberg y aborde d’une manière tout à fait neuve des thèmes intemporels comme les liens familiaux ou les relations amoureuses.

 

Les textes de ce recueil sont toujours à la limite de l’absurde et, à leur lecture, non seulement on rit, mais on y entend presque la voix de l’acteur (et de certains des personnages qu’il a campés) : ce cynisme et ce débit de parole pour lesquels beaucoup l’ont déjà comparé à Woody Allen. On le sait désormais : la flatteuse comparaison vaut sur le papier également.

 

On verrait bien les textes de La dorade me donne le hoquet – dont certains prennent simplement la forme de dialogues voire de monologues – mis en scène au théâtre. Et pour les interpréter… Jesse Eisenberg par exemple ?

 

La page à corner

 

Harper, le personnage principal de la nouvelle "Ma colocataire m’a volé mes nouilles" doit rédiger une dissertation pour vanter les mérites de la pratique de l’excision, dans le cadre de son cours d’anthropologie, ainsi qu’elle le raconte dans une lettre. Extrait :

 

"(…) On me demandait d’adopter un point de vue que j’estimais condamnable. J’ai donc fait mon examen de conscience, ainsi que tu me l’avais enseigné au lycée, et j’en ai déduit que je ne pouvais obéir aux consignes de X. Je me suis assise devant mon ordinateur pour rédiger un essai selon mes convictions. Le voici : *1

 

"De nombreux pays du continent africain sont confrontés à un mal endémique appelé Mutilations génitales féminines (ou MGF), aussi dénommé excision. Selon l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), cette pratique désigne "l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins externes. Les MGF n’ont aucun bénéfice connu pour la santé" (Source : Wikipedia).

 

Notre professeur, M. Garrett, nous a sollicités pour écrire un texte en faveur de cette tradition.

 

Une démarche impossible car nous avons affaire à des agissements criminels.

 

L’excision est un supplice infligé aux femmes à seule fin d’augmenter le plaisir des hommes lors des rapports sexuels. Ceux qui jugent cet exercice défendable ont tort, diablement tort.

 

Les hommes ont le pouvoir depuis des siècles. Ils contrôlent les banques, le sport et l’industrie automobile. Ils se croient supérieurs parce qu’ils ont un pénis ou sont plus grands que les femmes. L’heure est venue de modifier cette conception erronée du monde.

 

L’excision doit immédiatement disparaître et les responsables subir une mutilation identique de leurs parties génitales, histoire de voir s’ils apprécient la chose. S’il ne tenait qu’à moi, j’irais séance tenante en Afrique châtrer tous les hommes *2. Je mettrais toutes leurs verges dans un mixeur et les obligerais à regarder leurs organes réduits en une bouillie sanglante. Je les forcerais ensuite à ingurgiter la mixture jusqu’à ce qu’ils vomissent, puis je leur ferais ravaler le tout. *3

 

Etant donné que je ne puis pas me rendre en Afrique à cause des maladies en circulation, je commencerais ici, à Saint-Louis. Je castrerais les brutes qui frappent leurs femmes, les violeurs, les barmen indélicats vis-à-vis des clientes. Ils y passeraient tous. Pendant que j’y suis, monsieur Garrett, vous auriez droit au même traitement. J’ai vu comment vous regardiez certaines de vos élèves. Vous abusez de votre autorité pour les séduire, je m’en rends bien compte. Le devoir que vous nous avez donné constitue une preuve de votre soutien à l’empire démoniaque des Africains qui maltraitent les femmes pour satisfaire leurs bas instincts.

 

Eh bien, devinez quoi les mecs (oui, vous aussi, monsieur Garret) : votre heure a sonné." 

 

*1 Désolée de t’infliger toute la rédaction, mais il est important de restituer le contexte.

*2 Bon, à partir de là, je m’égare un peu.

*3 J’ignore où je suis allée pêcher tout cela, Rita. Ces tortures sont immondes. Je me suis laissé emporter."

 

La dorade me donne le hoquet vu par la presse

"Aussi imprévisible sur la page qu’à l’écran." USA Today

 

"Des histoires hilarantes que vont adorer les fans de Woody Allen." Publishers Weekly

 

"Cinglant, d’une perspicacité surprenante, un artiste à surveiller." Seattle Times

 

Claire Sarfati

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