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22 Août 2012

Jennifer Egan : vivre et laisser rêver

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Jennifer Egan : vivre et laisser rêver

Avec Qu’avons-nous fait de nos rêves ? (Stock), l’auteur américaine Jennifer Egan livre un roman subtil et remarquablement construit retraçant les illusions et les errances d’un petit groupe d’individus sur plusieurs générations.

L’auteur en un clin d’oeil : 

Jennifer Egan est l’auteur de plusieurs romans dont trois ont été traduits en français. Elle a reçu le prix Pulitzer pour Qu’avons-nous fait de nos rêves ? Lire la biographie de Jennifer Egan


Pourquoi on aime "Qu'avons-nous fait de nos rêves" ? :

 

Qu’avons-nous fait de nos rêves ? (Stock) n’a pas volé son prix Pulitzer. Jennifer Egan accomplit la prouesse de constituer un puzzle où chaque chapitre est une pièce maîtresse d’un système, un épisode apportant une nuance nouvelle à un tout magistralement mené sur quelques 400 pages. Le titre anglais de l’ouvrage, A visit from the Goon Squad ("Une visite de l'équipe d'imbéciles"), annonce, plus précisément que sa traduction française, la rencontre du lecteur avec une bande de jeunes assez stupides et assez humains pour croire à leurs rêves de gloire et de bonheur.

 


Sasha, Scotty, Bennie, Lou, Dolly, Alex …  Soit : une ex-junkie assagie au fil des ans mais toujours en proie à la cleptomanie, un jeune espoir de la scène underground aspirant à devenir un mythe du rock, l’ami d’enfance de celui-ci parvenu à des sommets de renommée en tant qu’agent mais vivotant sur les ruines de sa virilité, leur protecteur, cramé jusqu’à l’os et que la vie essoufflera petit à petit, ou encore une publiciste aux dents un peu trop longues qui s’en repentira… La romancière tire à chaque nouveau chapitre une carte du destin de ses personnages, liés les uns aux autres par la chaîne du roman. En une mosaïque de points de vue, elle déploie une fresque monumentale où l’Amérique moderne tient lieu de décor au petit groupe d’abord proche d’un Bret Easton Ellis des débuts puis d’un Jay McInerney post 11 septembre.

 


Le tour de force romanesque atteint son acmé dans un chapitre reproduisant dans son intégralité le journal d’une fillette entièrement réalisé en slides powerpoint, lesquelles décortiquent les émotions de la gamine, les marottes du frère, les mauvaises habitudes de la mère, les qualités du père, les relations de la famille. Beaucoup d’autres séquences visionnaires, mélancoliques ou drôles, terminent de nous persuader que cet ouvrage constitue une troublante réflexion sur la honte, la jeunesse et le vieillissement, la fin et la perte des choses, les stéréotypes, les perversions ordinaires et surtout les modifications des comportements liées aux bouleversements du monde.

 

 

La page à corner :

 

Ce n’est pas "spoiler" le roman que de dévoiler un extrait de l’avant-dernière page puisqu’on ne connaît pas les personnages à l’aube de chaque chapitre. Du moins, si on les a connu auparavant, ils ont tant changé qu’on ne les reconnaît pas. Ainsi retrouve-t-on l’un d’entre eux à un concert en compagnie de sa femme et de sa petite fille : "Alex distingua enfin Rebecca. Souriante, Cara-Ann dans ses bras, elle dansait. Elles étaient trop loin pour qu’il les rejoigne, et la distance lui parut irréversible, un abîme qui l’empêcherait à jamais de toucher la soie délicate des paupières de Rebecca ou de sentir, sous les côtes de sa fille, les battements précipités de son cœur. Sans le zoom, il ne les voyait même pas. En désespoir de cause, il envoya un SMS à Rebecca, aten moi stp ma joli, et dirigea le zoom sur son visage le temps qu’elle réagisse à la vibration, s’arrête de danser et sorte son smartphone" (p. 368).

 


Lu dans la presse :

 

"La perfection absolue… Existe-t-il quelque chose que Jennifer Egan ne sache faire ?", The New York Times Book Review. 

 



"Si Marcel Proust pouvait en avoir un exemplaire entre les mains, ça lui en boucherait un coin", Karen R. Long, Cleveland Plain Dealer. 

 



"Un nouveau livre incisif, subversif… une démonstration magistrale de la virtuosité de Mme Egan", Janet Maslin, The New York Times. 

 



"C’est peut-être le livre le plus intelligent que vous aurez entre les mains cet été", Carolyn Kellog, Los Angeles Times. 

 


Noémie Sudre

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