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10 Août 2016

"D’où viennent les vagues", Fabio Genovesi

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"D’où viennent les vagues", Fabio Genovesi
D'où viennent les vagues
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Il y a des vagues qui viennent bousculer pour toujours les eaux calmes de la vie. Celle de Luna, une petite albinos, aux yeux si clairs qu'elle ne peut voir le réel ; celle de son frère Luca, grand surfeur, qui sillonne les vagues et traîne tous les cœurs derriè...
Paru le : 
31 Août 2016

La rentrée littéraire 2016 des éditions JC Lattès accueille le dernier roman de Fabio Genovesi : D’où viennent les vagues. En librairie le 31 août 2016, ce roman met en scène des personnages aussi loufoques qu’attachants, dans des aventures qui, curieusement, parviennent à être à la fois banales et hors du commun. Pour un résultat savoureux.

Fabio Genovesi en un clin d’œil

 

Né à Forte dei Marmi en Italie en 1974, Fabio Genovesi est un auteur italien, dont les romans ont été traduits dans de nombreux pays. Il écrit aussi pour le cinéma, collabore au Corriere della Sera et à Rolling Stones.

 

Pourquoi on aime D’où viennent les vagues ?

 

Il y a un peu de tout dans ce roman. Une petite fille albinos, un orphelin tout droit venu de Tchernobyl, un professeur/catéchiste/loser de 40 ans, qui vit toujours chez ses parents, un vieux monsieur persuadé que les russes veulent lui voler sa maison, un jeune homme qui, par souci d’économies, préfère entreposer sa mère décédée dans son congélateur, plutôt que de l’enterrer. Il y a aussi la mer, dont les vagues apportent des cadeaux – parfois empoisonnés. Il y a aussi la tristesse, l’amour, la peur, et les grandes questions de la vie.

 

Difficile de résumer l’histoire de D’où viennent les vagues, récit des vies croisées de plusieurs habitants d’une petite ville d’Italie. Fabio Genovesi y invente des personnages loufoques, bancals, et les rend terriblement humains et attachants. Leurs trajectoires ne sont pas vraiment gaies  - on y rencontre la perte d’un être cher, l’isolement, la folie, le harcèlement scolaire, l’exclusion de son domicile – mais sous la plume de Fabio Genovesi, elles ne sont jamais tristes, en tout cas jamais très longtemps. Au contraire, grâce à une langue riche, précise et vivante, la lecture de D’où viennent les vagues est drôle souvent, jouissive toujours. Les petites vies en apparence tranquilles que raconte le roman deviennent alors de véritables épopées, pleines de répliques savoureuses et d’épisodes rocambolesques.

 

A l’aide d’une astuce d’énonciation – on passe du je, au il, au tu, selon les personnages – l’auteur nous fait passer dans la tête des différents personnages et épouser leurs pensées sans jamais nous perdre. Ces immersions sont l’occasion de vraies réflexions, tendres et justes, sur l’existence.

 

D’où viennent les vagues est donc un roman incroyablement riche, qui déborde d’histoires, d’imagination, de situations saugrenues et de personnages hauts en couleur. Il faut le lire pour le croire.

 

La page à corner

 

"Il se tient là, devant ton étal, à l’écart d’une dizaine de personnes et, comme elles, te regarde. Il se contrefiche de ce que tu vends, il te fixe, les bras croisés, vêtu d’une chemise légère, sans doute en toile, et d’un jean déchiré, les pieds nus. Il ne porte ni tongs, ni sandales, ni aucune chaussure de ce genre, il est vraiment pieds nus. Tu ignores, toi, Serena, comment il fait pour marcher dans la rue, tu ne sais qu’une seule chose : tes yeux ne peuvent pas se détacher des siens.

 

Son regard te pénètre si profondément que tu te tais. Ce n’est pas le regard d’un individu qui observe une personne, c’est le regard d’un être qui étudie l’horizon. Sauf que l’horizon, c’est toi.

 

Tu as les jambes tremblantes, comme tes copines, ces idiotes qui te demandent conseil quand elles sont dans le pétrin car elles savent que tu leur diras : « Envoie-le chier, ne lui accorde pas d’importante, tu n’as pas une seconde à perdre avec ce type. » Il est si facile de donner certains conseils, c’est si rapide, si vrai… Mais pas maintenant. Tu reposes le Super Mondial 2000 sans qui quitter l’homme des yeux. Parce que tu as longuement parlé sous le soleil au zénith, peut-être, ou parce que tu t’es levée à 5 heures, tu n’es plus toi-même. Tu es une autre, une fille que tu ne connais pas et dont tu ne sais qu’une seule chose : elle aimerait envoyer au diable poissons, ail, olives et vieillards qui s’obstinent à demander le prix de ce maudit appareil et pourquoi la dernière olive n’a pas été bien dénoyautée. Une fille qui aimerait juste défoncer l’étal à coups de pied et rejoindre cet inconnu.

 

Inutile : il vient vers toi, tandis que ton public déçu s’éloigne lentement. Il te saisit les mains que tu essaies de nettoyer avec un chiffon. Il est plus grand que toi, pas trop, il sourit, et son sourire n’indique pas qu’il se plaît, mais bien que tu lui plais, toi. Il te caresse la peau et la gorge, les poumons, chaque vertèbre et se faufile entre tes côtes, et, naturellement, t’atteint au cœur.

 

Qui galope, mais moins vite que vous : vous n’avez pas encore échangé un mot et vous êtes déjà dans la pinède, derrière la place, que des gens empruntent pour se rendre à la plage et où des enfants se poursuivent en criant. Il y a là aussi un tas de buissons qui vous recouvrent, par terre, tout habillés, lui sur toi, lui en toi. Tu n’as pas encore entendu le son de sa voix, et tu n’as pas parlé : c’est impossible. Tu as pourtant essayé au début, tu as dit : « Mais je, je… » Alors il a poussé sa bouche contre la tienne et vous vous êtes embrassés. Il t’embrasse et te lèche la langue, il te mord les lèvres, il t’attrape par les cheveux pour te serrer contre lui, il s’enfonce de plus en plus en toi, jusqu’à un poit dont tu ignorais l’existence, un point qui se réveille de son sommeil éternel, tremble et fond. Soudain tu sens une vague immense, semblable à celles qui t’emportaient, petite, te faisant tourbillonner, t’amenant à confondre le dessus et le dessous : un instant, tu avais l’impression de te noyer, puis tu remontais à la surface, le souffle court, prête à accueillir la prochaine.

 

Un laps de temps indéfinissable s’écoule. Une heure, un siècle, une seconde. Allongée sur le dos, sous lui, son souffle chaud et salé dans tes cheveux, sur ta peau, entre cou et oreille, tu pourrais rester là à l’infini, et si des champignons poussaient sur vous, si des insectes construisaient une tanière entre vous, ce ne serait pas grave, ou plutôt ce serait tant mieux.

 

Or, au bout de cinq minutes il s’écarte, se relève, remonte son pantalon et plonge ses yeux verts, un peu embués, dans les tiens. Tu entends alors sa voix, une voix rauque et profonde qui se contente de dire : « Appelle-le Luca. »

 

Il tire une cigarette de sa poche et s’en va, s’évanouissant parmi les pins commela fumée dans l’air. Tu aimerais lui emboîter le pas, mais il faut que tu te rhabilles, tu as perdu une chaussure, et lorsque tu la retrouves tu ne sais plus où il est allé, ou peut-être si, en tout cas tu ne sais pas quoi dire.

 

Tu ne comprends même pas le sens de ses mots. « Appelle-le Luca. » Qui dois-tu appeler Luca ? Tu as peut-être mal compris, il a peut-être dit « Appelle-moi Luca ». C’est probablement ainsi qu’il se nomme, car tu viens de faire l’amour avec un homme dans une pinède, en pleine foire, dont tu ne connais pas le nom, et tu ne comprends rien à rien.

 

Le mois suivant, tu comprends. Et tu l’appelles Luca."

 

 

Claire Sarfati

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