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29 Janvier 2016

Alain Finkielkraut reçu à l’Académie française

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Alain Finkielkraut reçu à l’Académie française

Elu en avril 2014, Alain Finkielkraut a été reçu ce jeudi 28 janvier sous la coupole de l’Académie française. Comme le veut le protocole, il a d’abord dû faire l’éloge de son prédécesseur, Félicien Marceau, avant de laisser la parole à l’historien Pierre Nora pour la traditionnelle réponse. Deux discours traversés par la thématique de l’identité et qui ont su habilement composer avec les récentes controverses dont le nouvel immortel fait l’objet. 

En ce jeudi 28 janvier 2016, celui que le grand public connaît surtout en colère et les sourcils froncés, est souriant, fier… On oserait dire heureux. La séance de réception d’Alain Finkielkraut à l’Académie française est d’autant plus un événement que celui qui revêt aujourd’hui l’habit vert est déjà omniprésent – et décrié - dans les médias. Une particularité que les deux intervenants du jour sauront intégrer habilement à leurs discours.

 

A 14h15, soit trois quarts d’heure avant le début de la séance, l’assistance se presse déjà en nombre pour venir occuper les bancs dominés par la coupole. Les caméras et les appareils photos sont prêts à faire leur office, braqués vers les sièges verts qui accueilleront bientôt les Académiciens. Des invités de marque, amoureux de la langue et du patrimoine français, ont fait le déplacement : dans la foule on aperçoit notamment Régis Debray, Franz-Olivier Giesbert, Fabrice Luchini, Christophe Ono-dit-Biot, Stéphane Bern ou encore Natacha Polony… Une clameur monte sur les premières rafales de photos : le premier ministre Manuel Valls se fraye un chemin jusqu’au premier rang. Puis, quelques minutes plus tard, le protocole envahit tout l’espace. Au son des traditionnels tambours, les Immortels accompagnent leur nouvelle recrue.

 

 

Alain Finkielkraut : le nom et l’amour de la France comme fil rouge

 

Droit, souriant, Alain Finkielkraut rallie lentement le fauteuil 21 où il succède à Félicien Marceau. Autour de lui, quelques-uns sont vides, certains de ses détracteurs dont Dominique Fernandez ou Michel Serres ayant préféré s’abstenir. Il introduit bientôt son discours en évoquant, non sans humour, son nom, symbole de l’identité, et qui donne déjà le ton de la cérémonie à venir : "Nous sommes en janvier 2016. Et un nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives, (…), un nom à éternuer en somme, et même, osons le dire, un nom à coucher dehors, est reçu aujourd’hui sous la coupole (…) S’appeler Finkielkraut et être reçu parmi vous au son du tambour, c’est à n’y pas croire", clame-t-il, humble et fier. Sa nouvelle image de "penseur réac", il ne la mettra pas de côté, rappelant son amour de la France et s’autorisant même des mots d’esprit quant à la difficulté de succéder à un écrivain dont la mémoire est entâchée par le collaborationnisme. "J’ai découvert que j’aimais la France le jour où j’ai pris conscience qu’elle aussi était mortelle, et que son « après » n’avait rien d’attrayant. Cet amour, j’ai essayé de l’exprimer dans plusieurs de mes livres et dans des interventions récentes. Cela me vaut d’être traité de passéiste, de réactionnaire (…). Mais tout se paie : ma trahison, murmure maintenant la rumeur, trouve à la fois son apothéose et son châtiment dans mon élection au fauteuil de Félicien Marceau", poursuit-il.

 

 

Félicien Marceau par Alain Finkielkraut : de l’art de distinguer l’homme privé de l’écrivain public

 

En fait d’éloge, son texte sur son prédécesseur prendra la forme d’une habile recension biographique mêlée de références littéraires et prenant soin de dissocier l’homme privé d’une part (Louis Carette à l’état civil) et l’auteur prolifique de l’autre. Question d’identité là encore…  "Félicien Marceau appartient à cette période bénie de notre histoire littéraire, où les frontières entre les genres n’étaient pas encore étanches", rappelle Alain Finkielkraut mettant l’accent sur son aisance dans le théâtre comme dans le roman, entre autres. Il avouera ensuite avoir découvert le roman Chair et cuir à l’occasion de son élection, ouvrage qui figure à présent en bonne place dans sa bibliothèque idéale. Bref, s’il était nécessaire, le nouvel Immortel nous rappelle son statut d’écrivain. Et au milieu de sujets si sérieux, sur des facéties ou des ruptures de ton, des sourires se dessinent dans l’assistance.

 

 

Alain Finkielkraut : notre "mécontemporain capital"

 

Respect de l’étiquette oblige, à ce premier discours d’une heure répond celui de l’historien Pierre Nora qui rappelle à cet "intranquille" que le protocole lui impose le silence. Il fera ensuite honneur à une personnalité dont les controverses actuelles masquent la grande gaieté - "Et puis, contrairement à votre image publique de prophète tourmenté et brûlé d’une flamme intérieure, vous êtes, quand vous ne vous sentez pas menacé, d’un naturel gai, drôle, d’une éternelle juvénilité, spontanément porté vers les autres, un amateur de foot et de bonne blague" - et la rigueur dans son travail d’écriture - "Bref, pour parodier une formule célèbre qui faisait d’André Gide le « contemporain capital », vous êtes devenu – pour combien de temps ? – notre « mécontemporain capital ». Alors souffrez, cher Alain Finkielkraut – souffrez sans trop souffrir – de vous y savoir le bienvenu !". Sur ces mots, la séance est levée.

 

 

Remise trois jours avant la cérémonie, l’épée du nouvel Académicien est gravée à l’effigie d’une vache, symbole de paix et de rumination des idées près de la devise "La République une et indivisible, c’est notre royaume de France".

 

Noémie Sudre

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